Sur le parvis d'une église, un couple s'avance. Ils viennent de se marier et sont heureux. Soudain l'homme s'effondre, touché à mort par une balle venue d'on ne sait où. Julie, la jeune veuve, tente de se suicider. Sa mère l'en empêche. Elle part donc seule pour la Côte d'Azur. Elle y séduit un nommé Bliss, le jour de ses fiançailles, et le pousse du haut d'un balcon. Plus tard, Coral, un célibataire minable, est assassiné dans une ville de province. Julie raye un nom de plus sur la liste des cinq hommes dont elle veut se venger. Vient alors le tour de Morane, un industriel ambitieux, que Julie enferme dans un réduit dont elle bouche les aérations...
TELERAMA
Veuve le jour de ses noces, elle fomente une implacable vengeance. Tour à tour séductrice et ange de la mort. Un grand Truffaut avec Michel Bouquet, parfait également.
Le réalisateur de la Nouvelle Vague vient de publier son Hitchcock/Truffaut lorsqu’il commence à tourner ce film. C’est celui où les correspondances avec le maître du suspense sont les plus évidentes, jusque dans la musique, signée Bernard Herrmann, le compositeur fétiche du poussah britannique.
À partir d’un polar de William Irish, écrivain américain qu’il vénérait et qu’il adaptera une deuxième fois pour La Sirène du Mississippi l’année suivante, Truffaut met en scène le singulier itinéraire d’une mariée meurtrie, animée d’un désir de vengeance. Cette folle amoureuse cache son identité et ne la divulgue qu’au moment fatal, en éliminant, un à un, plusieurs hommes à l’origine de son malheur.
Grave, impériale dans ses costumes dessinés par Pierre Cardin, Jeanne Moreau compose une vamp morbide, aussi attirante que vénéneuse, qui parvient à soutirer des confidences, une forme d’abandon. La domination de cette héroïne s’exerce sur des hommes différents, penaud ou confit de vanité, magouilleur ou artiste cavaleur (Charles Denner, dans un rôle qui préfigure L’Homme qui aimait les femmes). Le film offre un festival de prestations remarquables, avec une mention à Michel Bouquet et Michael Lonsdale, tous deux parfaits dans l’humiliation et l’effroi. À noter aussi la séquence originale du début, où Jean-Claude Brialy débarque au matin chez Claude Rich et le réveille. Celui-ci lui ouvre la porte en pyjama, va tranquillement prendre son bain, s’habille et quitte l’appartement avec son ami, sans qu’à aucun moment le fil de leur conversation de machos invétérés ne soit brisé. Une démonstration ludique de mise en scène.
Ed -
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