Neige, divorcée et mère de trois enfants, rend régulièrement visite à Émir, son grand-père algérien qui vit désormais en maison de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l'a élevée et surtout protégée de la toxicité de ses parents. Lorsqu'Émir décède, une tempête familiale se déclenche ainsi qu'une profonde crise identitaire chez Neige. Dès lors, elle va vouloir comprendre et connaître son ADN.
TELERAMA
La réalisatrice signe, à nouveau, un film au parfum d’autofiction, entre quête des origines et portrait d’un clan, autour de la figure d’un grand-père algérien. Justesse quasi documentaire ou pur exhibitionnisme, nos critiques sont partagées.
POUR :
une œuvre vibrante et universelle
Les procureurs de son éternel procès en narcissisme peuvent préparer leurs effets de manches : oui, Maïwenn signe à nouveau un film au parfum d’autofiction. Coécrite avec Mathieu Demy, qui venait d’enterrer sa mère, Agnès Varda, cette histoire de deuil et de quête d’identité sent le chagrin vécu, d’autant que la réalisatrice s’y met en scène sans chercher à en taire les éléments autobiographiques. Comme Neige, son personnage, elle a perdu un grand-père adoré. Comme elle, elle traîne une enfance douloureuse, déjà évoquée dans Pardonnez-moi (2006), son premier long métrage. Et, comme elle, a demandé et obtenu la nationalité algérienne. De cette matière brute intime, elle arrache une œuvre vibrante, parfois bouleversante, qui tape dans le mille de l’universel avec cette manière bien à elle d’orchestrer la cacophonie des sentiments.
À la disparition d’Emir, aïeul chéri, protecteur et pilier de la famille, Neige et les siens vacillent. Le vide qu’il laisse, dans un premier temps, se remplit de choses à faire : disposer du corps, trier ses affaires, acheter un cercueil… Des formalités tristes à pleurer — et on pleure — que Maïwenn choisit de ne pas expédier. Au contraire, elle consigne le concret avec une justesse quasi documentaire, l’enrichissant d’une fiction tragi-comique.
Une des séquences les plus drôles se déroule aux pompes funèbres, quand les deux filles du défunt se disputent sur le choix du capitonnage blanc. Est-il « ivoire » ou « pisseux » ? L’enjeu n’est pas là, bien sûr, et tout l’art de Maïwenn consiste à faire resurgir, au détour d’une pique vacharde, d’un agacement irrépressible, les rancœurs anciennes. Par sa caméra attentive et sa formidable direction d’acteurs, elle excelle à traduire les dynamiques de groupe, l’impossibilité démocratique du clan. Qui, maintenant qu’Emir s’en est allé, crie, s’engueule, règle ses comptes.
Dans le second temps, en revanche, il ne reste rien à faire, et trop à penser, ou panser. Fin du portrait de famille : le film se recadre sur Neige. Son amitié avec l’hilarant François (Louis Garrel, que l’on remercie d’exister). Sa rupture violente avec sa mère, campée par une Fanny Ardant magistrale, dont le jeu semble neuf, décapé de toute affectation. Sa relation avec son père dans une audacieuse scène de rêve — pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos lustres ? Et le questionnement des origines, cet héritage algérien qui vient combler le vide. Les montagnes russes d’émotions, l’ADN du cinéma de Maïwenn, débouchent sur un horizon libérateur : on peut choisir où planter ses racines. — Marie Sauvion
CONTRE :
incapable de transcender sa petite histoire
Lors la sortie de Polisse, en 2011, les avis étaient déjà partagés à Télérama. Le « contre » arguait que « l’engueulade non-stop, seul principe de mise en scène, n’est pas une garantie de vérité ». Hélas, neuf ans et deux films plus tard (Mon roi et celui-ci), Maïwenn en est toujours là. À confondre narcissisme et dramaturgie, démonstration (bruyante) de sentiments et puissance émotionnelle. Hormis une ou deux scènes tenues et qui touchent juste, ADN est truffé de moments gênants : Maïwenn se jetant telle une pleureuse antique sur le lit de mort de son grand-père, Louis Garrel racontant à un parterre d’enfants des blagues sur la pédophilie, Maïwenn en pleine épiphanie dans les rues d’Alger…
Devant un film aussi fasciné par son propre exhibitionnisme, inapte à transcender sa petite histoire, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi Maïwenn a choisi de s’attaquer à la question des origines, qui devrait parler à tous. Dès le début, une immersion façon docu dans un Ehpad, aussitôt réduite a son clan, l’actrice-réalisatrice semble renoncer à s’adresser à nous. À nous qui resterons jusqu’au bout (dans le meilleur des cas) les témoins indifférents de cette famille dysfonctionnelle qu’en croyant mettre en scène Maïwenn donne en spectacle. — Mathilde Blottière
Ed -
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