Début des années 1970. A la recherche de l'actrice qui incarnera Jeanne dans "Le Dernier Tango à Paris", son prochain film, Bernardo Bertolucci jette son dévolu sur Maria Schneider, alors âgée de 19 ans. Fille illégitime de Daniel Gélin, celle-ci est d'abord ravie d'apprendre qu'elle va côtoyer Marlon Brando. En réalité, la jeune femme, qui n'est plus une enfant mais pas encore tout à fait une adulte, va subir un véritable calvaire au cours du tournage, notamment en raison d'une scène de viol. Dès la sortie du film, en 1972, Maria accède à la célébrité et devient une actrice iconique sans être préparée ni à la gloire ni au scandale…
TELERAMA
Un hommage sensible à l’actrice dont la vie fut bouleversée par le tournage du “Dernier Tango”. Anamaria Vartolomei impressionne de bout en bout.
La sororité était au cœur de nombreux films présentés au dernier Festival de Cannes. Maria, projeté dans la section Cannes Première est ainsi l’hommage empathique d’une réalisatrice et de son actrice à l’une des leurs : Maria Schneider (1952-2011), victime devenue emblématique des violences subies par les femmes dans le monde du cinéma.
La fille de Daniel Gélin n’avait que 19 ans – et était donc, en ce début des années 1970, encore mineure – quand débutèrent les prises de vues du Dernier Tango à Paris, le film qui allait faire sa gloire et son malheur. La faute à une scène de sodomie improvisée sans son consentement par son illustre partenaire, Marlon Brando (incarné par Matt Dillon, étonnamment convaincant) avec la complicité du réalisateur, Bernardo Bertolucci (Giuseppe Maggio, lui aussi très juste). Après ce scandale, l’actrice ne se verra plus proposer que des rôles déshabillés ou sulfureux, à de rares exceptions près (Profession : reporter, d’Antonioni, ou Merry-Go-Round, de Rivette). Et sombrera dans les drogues dures et la dépression.
Son adolescence, les tentatives de désintox…
À l’heure de #MeToo, l’existence et la carrière brisées de Maria Schneider font bien évidemment écho aux témoignages des actrices d’aujourd’hui qui, de plus en plus nombreuses, osent dénoncer les humiliations qu’elles ont subies sur des plateaux de tournage ou en dehors. Jessica Palud a eu l’intelligence de se focaliser sur quelques périodes clés de son parcours tragique : outre Le Dernier Tango…, l’adolescence et les relations conflictuelles avec la mère, ou encore la rencontre avec une étudiante en cinéma qui l’accompagnera dans ses tentatives de désintoxication. Ces moments sont interrompus par de brusques ellipses temporelles, au fil d’une reconstitution d’époque discrète mais crédible.
La réalisatrice a aussi eu la sensibilité d’exprimer le seul ressenti de Maria, avec une mise en scène qui s’attache le plus souvent à son visage et à son corps meurtris. De tous les plans ou presque, Anamaria Vartolomei impressionne de bout en bout. Aussi crédible, et bouleversante, en adolescente fascinée par sa découverte des coulisses du septième art qu’en femme blessée et méprisée.
Ed -
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