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| id | 443 |
|---|---|
| date | 2003-01-31 12:01:00 |
| titre | zulme |
| url | http:// |
| adresse | |
| comment | Les yeux dans les yeux, les lèvres sur les lèvres, ils trouvent dans leur baiser une jouissance nouvelle. D'abord leurs bouches s'approchent, sans se toucher encore, l'haleine caressante se joue sur leurs peaux; puis les levres se joignent, s'assemblent, se pressent les soupirs se croisent, se confondent. Un doigt s'insinue dans le mysterieux puit que la volupté resserre, il pénètre, explore, s'enfonce et s'agite. le voile est écarté, l'amant prodigue de tendres baisers sur le plus beau sein dont la nature ait jamais paré la jeunesse. Quelle blancheur éblouissante! quelle coupe enchanteresse! que ce bouton est frais! quelles élégantes proportions dans les contours, le volume, la distance de ces pommes d'ivoire! elle s'enivre de ses propres charmes, en admirant ses propres globes d'albâtre Tandis qu'une de ses mains s'occupe à écarter les tissus, l'autre, plus hardie, se hasarde de pénétrer plus bas. elle franchit la jarretière, se promène sur un tissu mille fois plus doux que la soie, mille fois plus uni que le satin. Enfin elle approche le duvet de l'amour qui annonce que l'on touche à son nid... « Que fait-tu, cher d'Arnance? dit à demi-voix Zulmé, arrêtant la main coupable sur le lieu du délit. – Achève, ma douce amie, d'abandonner à ton heureux amant la possession de tes charmes; laisse-le s'enivrer de toi-même. » Zulmé soupire. Il soulève adroitement la mousseline et le lin, derniers et faibles remparts de la pudeur expirante, et son dernier mouvement découvre et multiplie tout à la fois le plus mystérieux asile de la volupté. Zulmé, par un dernier effort, se hâte d'y porter une main protectrice; mais le désir audacieux fait tourner contre elle-même les armes de la pudeur: ses jolis doigts, appelés à son secours, deviennent les premiers instruments de sa perte. L'amant habile réclame pour eux l'accès qu'il n'ose encore solliciter pour lui-même, et bientôt, à l'aide de ces ennemis domestiques, il se crée des intelligences dans un poste important, que le plaisir lui livre enfin à discrétion. Disparaissez, insipide décence, froide retenue, puérile délicatesse! D'Arnance ne contient qu'à peine les feux dont il est dévoré; tous ses organes ne suffisent plus à ses transports; ses yeux, ses mains, sa bouche se portent alternativement et voudraient se porter ensemble sur cette bouche entrouverte, sur ce sein palpitant, sur ce mont embrasé que Vénus voulut honorer de son nom. Il ne peut déjà plus s'arracher à ce lieu de délices; il y concentre ses baisers, ses soupirs, et l'aiguillon mobile d'une langue voluptueuse en interroge les plus secrets réduits. « D'Arnance! cher et cruel d'Arnance! murmure tout bas la délirante Zulmé; tu brûles mes sens, tu consumes ma vie! Arrache un moment cette bouche adorée du séjour qu'elle embrasse, et viens la fixer sur des lèvres envieuses. » Tout en parlant, une de ses mains, égarée sur son amant, cherche à faire une diversion utile; mais l'obstacle des situations contrarie ses desseins; d'Arnance, par un mouvement officieux et sans rien perdre de ses avantages, en facilite l'exécution et ouvre un champ nouveau à de nouvelles tentatives. Toutes les barrières s'abaissent à l'envie sous les doigts de Zulmé; l'Amour, impatient du joug, vole au-devant de sa libératrice et sourit en voyant son flambeau dans les mains de sa mère. Elle en ressent bientôt les brûlants effets: les joussances passives ne suffisent plus à ses désirs. Elle prend, à côté de son amant, une attitude plus commode, le presse sous le poids des baisers, et sa bouche de rose se prête pour un moment, à son tour, à la plus ravissante illusion. « Hâtons-nous ma bien-aimée, s'écrie d'Arnance, en conduisant sur la route l'Amour qui se fourvoie, de consommer le plus doux sacrifice, ou j'expire sur ton sein dans les transports d'une ivresse anticipée. – Viens, mon doux ami, répond Zulmé en s'élançant elle-même aux bras de son amant; viens réunir les deux moitiés de nos âmes ! » Quelle harmonie de mouvements! quel ensemble de volupté! quelle unité d'existence! La nature et la volupté ont identifié ces deux corps, en établissant entre eux cette communication délicieuse, à l'aide de laquelle la vie de l'un s'écoule, pour ainsi dire, au sein de l'autre. l'ivresse redouble, les transports augmentent, le torrent des désirs se précipite dans les convulsions de la jouissance. L'amant a recouvré l'usage de ses facultés, mais Zulmé languit encore pâmée dans ses bras. Qu'elle est belle dans cet état! Une larme s'échappe de ses yeux fermés à la lumière; la pâleur du lis s'est répandue sur son visage, sa bouche est entrouverte, et son haleine brûlante s'exhalte en soupirs silencieux. L'heureux d'Arnance contemple ce tableau divin avec un sentiment mêlé d'orgueil et de tendresse et renaît aux désirs à la vue de ce beau sein, dont les palpitations trahissent un reste de vie échappé à l'amour. Par les plus douces caresses il parvient à ranimer sa languissante amie: elle entrouvre ses yeux, ses bras caressants s'étendent vers son amant, il s'y précipite et cherche un nouveau triomphe. « Doucement, cher d'Arnance, dit en se relevant Zulmé; ne perdons pas mille voluptés de détails dont si peu d'amants connaissent le prix. Par exemple, mon cher chevalier, ne serait-il pas possible qu'aucun vêtement incommode... – Il est vrai que ces maudits vêtements ont la moitié du plaisir. - Commençons par ces bras, qui me dérobent une jambe si fine; que je le baise ce pied mignon!... Otons cette robe; ma main tremble en délaçant ce corset... Ah! cette gorge admirable n'a pas besoin de ce soutien étranger. Quelle est la coupe divine qui servit de moule à cet élastique albâtre? Quelle rose ne pâlirait pas devant ce bouton si frais?.. – Dieu! me voilà nue!... – Non, car tes cheveux voilent encore la moitié de tes charmes. Lève-toi, jette les yeux sur cette glace, ma Zulmé, et dis-moi si rien de plus joli exista jamais dans la nature ! » D'Arnance admire et ne peut se lasser d'admirer. Il pose son charmant modèle dans mille attitudes différentes: toutes les parties de ce beau corps deviennent successivement la proie de ses baisers; et comme chaque mouvement lui découvre quelques beautés nouvelles, chaque découverte appelle un hommage nouveau. Zulmé, fière des transports qu'elle fait naître, cède à toutes les prières de son amant, et ce couple fortuné, libre de toutes entraves, s'abandonne à l'amour sous les seuls regards de la nature. Après avoir épuisé, pour ainsi dire, toutes les combinaisons de la volupté, d'Arnance et sa maîtresse, mollement étendus sur des piles de carreaux, se préparaient au dénouement de cette scène érotique; tout à coup Zulmé se lève, s'échappe et court se cacher dans le pavillon des Grâces. Son amant l'y suit, l'enlève d'un bras nerveux et se précipite avec elle sur le lit charmant que nous avons décrit. D'Arnance s'attendait à prendre l'ascendant dont se prévaut ordinairement son sexe; mais cette fois la beauté revendique les droits de la force, et, victime courageuse, ordonne, prépare, exécute elle-même le sacrifice. le délire succède insensiblement à l'ivresse, les gémissements aux soupirs, les transports aux caresses; une agitation convulsive prépare et termine la crise de juissance. Déjà la nuit approchant de sa fin, l'aube commençait à blanchir à l'horizon; Zulmé s'arrache avec effort des bras de son amant, et, pour adoucir l'idée de la séparation, arrange le plan d'un nouveau rendez-vous. D'Arnance prend un dernier baiser, s'enveloppe de son manteau, sort furtivement de ce lieu de délices et court chez lui chercher le repos dont on peut supposer qu'il avait besoin. |
| mots | |
| media | 2 £ litteraire |
| cles |