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À la fin de la saison 2001, les A's d'Oakland s'inclinent contre les Yankees de New York en série de division de la Ligue Américaine. Leurs trois meilleurs joueurs signent de lucratifs contrats avec d'autres équipes pendant la saison morte et le directeur général Billy Beane, un ancien joueur qui n'a pas eu la carrière espérée, doit rebâtir l'équipe. Pour ce faire, il fait confiance à Peter Brand, un jeune homme sans expérience qui utilise un système de statistiques.
TELERAMA
Voici un film sur le base-ball passionnant, qui allie décryptage d’un sport par les statistiques et ses prolongements humains, émouvants, pour ceux qui s’y adonnent. Bennett Miller réussit un pari risqué, bien aidé par Jonah Hill et un Brad Pitt en état de grâce.
Vous ne pigez rien au base-ball ? Rassurez-vous, personne n’y comprend grand-chose, pas même les Américains. C’est le geek génial joué par Jonah Hill (acteur assidu chez Judd Apatow) qui le dit. Il a trouvé un système a priori infaillible, à base de statistiques du tonnerre, pour accumuler les victoires, avec son boss, le manager des Oakland Athletics, Billy Beane (Brad Pitt). Ce Billy Beane, qui existe en vrai, est connu pour avoir révolutionné le base-ball à la fin des années 1990, avec une équipe à petit budget. Pas de stars dans le recrutement, mais des joueurs sous-évalués — considérés comme des losers —, l’esprit du collectif et la confiance dans les statistiques : telle était sa méthode.
On n’aurait pas cru possible d’être ainsi bluffé par un film économico-scientifique sur ce sport, où se joue en arrière-fond l’éternelle rivalité des anciens (les briscards old school, qui ne jurent que par la puissance du frappeur) et des modernes. Où se joue, surtout, une revanche : celle de Billy Beane, ancien joueur qui a échoué, et, plus largement, des canards boiteux de toutes sortes auxquels on offre une seconde chance. On ne sait si Brad Pitt est dingue de base-ball, mais il en a tout l’air, vu la conviction qu’il met à camper ce type iconoclaste et têtu, qui chique du tabac, bâfre tout ce qui traîne. Un ours un peu goujat, qui ne pense qu’au base-ball. Il est divorcé, sans femme à l’horizon. Ce qui le rend humain ? Sa fille, une adolescente de 12 ans, qu’il voit peu. Elle s’inquiète pour lui, il fond devant sa grâce.
Parmi les nombreuses originalités qui distinguent ce film américain — l’un des plus forts vus cette année —, il y en a deux qu’on aime tout particulièrement. La première, c’est l’attitude de Billy Beane pendant les matchs de son équipe : il est incapable d’y assister. Il s’isole dans une salle du stade, allume par intermittence sa radio, s’exalte ou enrage tout seul. Angoisse mêlée au désir d’être au plus près de l’événement… L’autre originalité, c’est cette séquence que lui montre son assistant sur une bande vidéo : un home run (le coup suprême) réussi par un joueur, sans qu’il s’en rende compte. Moralité : les grandes victoires sont toujours invisibles. |