la tension le désir et la fièvre (Gilles Rivière) ()
Il sont beaux tous les deux en habits de lumière
Dans cette alcôve sombre où patiente l'amour
Fureur et envie font de ce lieu un four
Et tout sent la tension le désir et la fièvre
Maintenant ils sont nus, mais souverains quand même
Se toisant de regards prometteurs d'impossible
Et là point de retour et une seule cible
Relever ce défi, ils se disent je t'aime
Leur étreinte commence il la fait tournoyer
Loin de la fatiguer le plaisir s'invite
De sa langue embrasée dans le sillon trempe.
Elle avale l'épée en sa bouche aphrodite
Les regards sont plus doux, déjà un peu voilés
La tendresse naîtrait de ces corps enchevêtrés ?
Il la veut, elle veut, le fluide se répand
Aussitôt disparu dans le coton brûlant
Et son corps de s'offrir tout à coup en saccade
Cette belle madone attend l'estocade
Le vit rouge fer attaque le trou béant
Et le fessier se donne, accepte l'assaillant
Trempés les yeux perdus, déjà dans l'abandon
Ils savent que bientôt l'absolue jouissance
Du jet dévastateur noiera ce vallon
Elle gémit et râle, elle attend la semence.
L'homme dans ses yeux n'a plus qu'un soleil blanc
Son corps s'est déchiré, lui aussi est vidé
Il retombe en elle, l'embrasse tendrement :
Elle rit aux anges du plafond dessinés
Ces pantins tout cassés dans leur petite mort
Attendent le sommeil, les ombres picadors
Ils tireront leurs corps enchaînés l'un à l'autre
Vers des rêves maudits qui ne seront pas nôtres