L'avenir de Marguerite, brillante élève en mathématiques à l'Ecole normale supérieure, semble tout tracé. Seule fille de sa promotion, elle termine une thèse sur la conjecture de Goldbach qu'elle doit exposer devant un jury de chercheurs. Le jour J, un autre doctorant, Lucas Savelli, interrompt sa présentation. Il a trouvé une erreur dans les travaux de la jeune femme, qui invalide toutes ses conclusions. Contre l'avis de sa mère et de Laurent Werner, son directeur de thèse, Marguerite décide de tout abandonner. Embauchée comme vendeuse dans un magasin de chaussures, elle se découvre une passion et un don pour le mah-jong...
TELERAMA
Repérée dans « Grave » de Julia Ducournau, Ella Rumpf est impressionnante.
Elle porte des lunettes, et des pantoufles dans les couloirs de l’Ecole normale supérieure, parce qu’elle s’y sent chez elle, et que séduire est le dernier de ses problèmes. Brillante élève en mathématiques, Marguerite vit dans son monde de chiffres et de formules, et s’apprête à présenter sa thèse, prouvant, pour la première fois, la conjecture de Goldbach, devant un parterre de chercheurs. Une erreur, le manque de soutien de son maître de recherche (Jean-Pierre Darroussin), et voilà que la jeune femme sombre, semble renoncer à sa voie scientifique toute tracée… Mais les mathématiques, à ce niveau, sont une drogue dure. Une religion.
Après De Grandes Espérances, de Sylvain Desclous, et La Voie royale de Frédéric Mermoud, tous deux centrés sur un personnage féminin hautement diplômé, c’est donc l’histoire de la passion d’une fille pour les équations. De celles qui régissent l’univers et pour lesquelles on peut mettre sa vie entre parenthèses, comme un artiste le ferait pour créer. Tout l’enjeu de la mise en scène repose sur le talent de la réalisatrice à rendre cinématographiques les mathématiques : Anna Novion enferme son héroïne entre les quatre murs d’une petite colocation dont elle recouvre chaque millimètre de formules à la beauté de hiéroglyphes, et l’on se dit que la fiévreuse chercheuse continuerait à écrire avec son sang si l’encre ou la craie venaient à manquer…
Propos sans filtre et transes contagieuse
Le pouvoir du calcul devient, aussi, fascinant grâce à une immersion dans le monde, un brin interlope et très cinégénique, des parties de mah-jong où Marguerite, là encore, est la seule femme, hébétant ses partenaires par son talent. De jolis personnages secondaires viennent réveiller le corps de cette cérébrale qui se fiche pas mal de l’image qu’elle renvoie : un jeune chercheur (Julien Frison, quel charme !) que les mathématiques n’éloignent pas du réel et une colocataire qui exulte grâce à la danse — Sonia Bonny, solaire… Alpha, oméga et epsilon du film, Ella Rumpf, repérée dans Grave de Julia Ducournau, impressionne. Démarche étrange, propos sans filtre et transes contagieuses, elle offre une séduction singulière à cette belle héroïne en inéquation…
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