![]() | BALLE PERDUE, Guillaume Pierret 2020 (thriller)@Lino, un véritable petit génie de la mécanique, est réputé pour ses voitures-bélier. Ses compétences, à la légalité discutable mais à l'efficacité indéniable, finissent par attirer l'attention du chef d'une unité de flics de choc. Quand celui-ci lui propose un marché pour éviter la prison, Lino se retrouve contraint d'accepter. Mais, quelques mois plus tard, lorsque son mentor est tué, le mécano se retrouve soudain accusé à tort d'homicide. Il doit alors tout faire retrouver l'unique preuve de son innocence : la balle du crime, coincée dans la carcasse d'une voiture disparue. Le temps presse et toutes les apparences sont contre lui... TELERAMA Encore un film d’action français produit par Netflix. Et encore une déception. Lenoir, Duvauchelle et Ramzy n’y peuvent rien : le film se crashe à cause d’une mise en scène quelconque et d’un sérieux plombant. Pas de quoi rouler des mécaniques. Vous kiffez trop le fumet puissant de l’essence, le son des pneus crissant, les missiles à quatre roues se cherchant des noises sur l’asphalte ? Vous êtes donc le cœur de cible de cet essai à la française de transposition de Fast and Furious, référence en la matière. Soit Lino (Alban Lenoir), un malfrat doublé d’un as de la mécanique. Mais son dernier coup a foiré lamentablement : en voulant transpercer la façade d’une bijouterie, il a mal dosé son turbo qui l’a propulsé trop vite et trop loin. Cagade plutôt désopilante. Las, cette note d’humour sera à peu près la seule dans ce film musculeux et plombé de notes pathétiques. Une fois en prison, l’infortuné reçoit la visite d’un flic d’élite (Ramzy Bedia), chef d’une équipe « anti-go fast », qui lui propose un deal… Bon, le scénario ne vole pas très haut. Qu’importe le flacon de l’histoire pourvu qu’il y ait l’ivresse de la vitesse ? Reste une question : la Renault 21 2 litres Turbo, véritable héroïne du film, peut-elle rivaliser avec la Dodge Charger « Maximus » de Vin Diesel ? Les pilotes, ici, ce sont Nicolas Duvauchelle (peu gâté par son personnage) et surtout Alban Lenoir, mâchoires un peu trop crispées. Sûr, ce dernier a mis les mains dans le cambouis — Balle perdue réserve plusieurs scènes de bagarre, mais trop longues, mal chorégraphiées. Finalement, on en revient toujours à cette vieille antienne : même un film d’action réclame de la mise en scène et une direction d’acteurs. Pas sûr que celles de Guillaume Pierret soient à la hauteur… | BALLE PERDUE, Guillaume Pierret 2020 (thriller)@ (E) Lino, un véritable petit génie de la mécanique, est réputé pour ses voitures-bélier. Ses compétences, à la légalité discutable mais à l'efficacité ind&eacut ... |
![]() | CHALLENGERS, LucaGuadagnino 2024, Zendaya, Josh Connor, Mike Faist (sport tennis)@@Jadis grand espoir du tennis féminin, Tashi Duncan a vu sa carrière stoppée net à la suite d'une grave blessure. Désormais entraîneuse, elle se consacre à la carrière de son époux, Art, qui, sous ses ordres, est passé de l'ombre à la lumière en seulement quelques mois. Malheureusement, une série de défaites vient briser son élan. Tashi, déterminée à le voir reprendre sa marche vers les sommets, décide de l'engager sur un tournoi d'un niveau plus abordable pour lui permettre de reprendre confiance en lui. Malheureusement, le destin vient leur jouer un vilain tour : Art découvre qu'il va devoir y affronter une vieille connaissance... TELERAMA Tennis et triangle amoureux : un challenge plutôt réussi par le réalisateur de “Call Me By Your Name”, qui mise essentiellement sur le magnétisme érotique de ses interprètes. Sérieux prétendant au trophée du film le plus sexy de l’année, voici, enfin (son dévoilement fut retardé par les grèves à Hollywood), le nouveau film de Luca Guadagnino. Lequel demeure, depuis Call me by your name, l’Italien le plus prisé aux États-Unis. Challengers, comme son titre fait plus que le suggérer, met en scène une rivalité. Patrick, l’exubérant (Josh O’Connor, révélé à la terre entière en jeune prince Charles dans The Crown), et Art, l’introverti (Mike Faist, découvert dans le remake par Spielberg de West Side Story), ont vécu ensemble leur formation au tennis et toute leur adolescence. Puis leur amitié fusionnelle s’est troublée au moment de leur coup de foudre partagé pour une autre étoile montante de leur sport, Tashi (Zendaya, la star féminine de Dune). Des années plus tard, les deux hommes s’affrontent dans un match qui est le fil rouge de l’histoire, et sous les yeux de la même femme. Pour raconter ce triangle amoureux, le jeune scénariste de Challengers (qui n’est pas Guadagnino) s’est manifestement inspiré d’un vieux film de Mike Nichols, Ce plaisir qu’on dit charnel (avec Jack Nicholson, Art Garfunkel et Candice Bergen), en le projetant dans l’univers du tennis et dans le monde contemporain. Plus originale, la succession percutante de flash-back qui émaillent le match ultime échappe à la chronologie. On découvre ainsi, dans le désordre, la première soirée d’ivresse des trois personnages, la liaison torride entre Tashi et Patrick, la blessure décisive de la joueuse au cours d’une compétition, et la vie conjugale de la même avec, cette fois, Art, champion las dont elle est devenue l’entraîneuse. Résultat accrocheur et incarné S’appropriant le projet moins par son versant romanesque que par le magnétisme érotique des trois interprètes, le cinéaste place la circulation du désir au cœur de chaque scène. Un désir refoulé (entre garçons) ou assouvi (entre fille et garçon), mais qui ne cesse de flotter, des chambres d’hôtel aux cours de tennis, des tribunes aux vestiaires. Cette insistance ne va pas sans lourdeurs, en écho à la musique électro-techno de Trent Reznor et Atticus Ross, (moins inspirés que pour The Social Network, de David Fincher). Mais le résultat est accrocheur, séduisant, formidablement incarné. Et si le regard de Guadagnino tend à faire de la jeune femme une intermédiaire entre deux rivaux ne pouvant s’avouer leur amour, le scénario l’établit plutôt en manipulatrice tirant les ficelles de bout en bout… Dans le paysage toujours sinistré du cinéma de grand studio, voilà, au moins, un quasi-blockbuster où il ne s’agit que de sentiments humains… | CHALLENGERS, LucaGuadagnino 2024, Zendaya, Josh Connor, Mike Faist (sport tennis)@@ (E) Jadis grand espoir du tennis féminin, Tashi Duncan a vu sa carrière stoppée net à la suite d'une grave blessure. Désormais entraîneuse, elle se consacre à la carrière de son épou ... |
![]() | COEURS VAILLANTS, Mona Achache 2021, Camille Cottin (guerre aventure)@@En août 1942, alors que la guerre bat son plein, six jeunes enfants juifs se réfugient dans le château de Chambord et dans le parc du domaine pour fuir les soldats nazis. C'est au beau milieu des oeuvres d'arts, parmi lesquelles la Joconde, qu'ils espèrent que personne ne viendra les chercher. Au milieu du parc, ils vont trouver de quoi se nourrir et boire, mais ils tombent également sur des exemplaires du fameux "Coeurs vaillants", un magazine hebdomadaire catholique. Les enfants se débrouillent seuls, et comme leurs contemporains, ils tentent d'oublier leur quotidien, essayant de vivre normalement en jouant, en s'amusant... TELERAMA De Chambord jusqu’à la ligne de démarcation, Mona Achache filme la fuite de jeunes héros juifs dans toute l’insouciance de leur âge, laissant derrière eux des adultes bien moins téméraires. Des tableaux, à la rigueur, mais des enfants, non, c’est trop dangereux ! » Or, six gamins se cachent dans la cargaison acheminée au château, entre une toile de Renoir et un buste antique. En 1942, les œuvres des musées nationaux transitent jusqu’à Chambord, devenu dépôt d’art provisoire. Rose (Camille Cottin), conservatrice au Louvre, choisit le domaine royal pour y cacher des enfants juifs, rescapés du Vél’ d’Hiv… À travers les bois magnifiques de la Sologne et jusqu’à la ligne de démarcation (le Cher), Mona Achache filme les jeunes héros dans toute l’insouciance de leur âge, laissant derrière eux des adultes bien moins téméraires. Un conte à hauteur d’enfants, à la fois enchanteur et tragique. | COEURS VAILLANTS, Mona Achache 2021, Camille Cottin (guerre aventure)@@ (E) En août 1942, alors que la guerre bat son plein, six jeunes enfants juifs se réfugient dans le château de Chambord et dans le parc du domaine pour fuir les soldats nazis. C'est au beau milieu des oeuvres d'arts, parmi les ... |
![]() | DANS LA BRUME ELECTRIQUE, Bertrand Tavernier 2009,(thriller)@@A New Iberia, en Louisiane, l'inspecteur Dave Robicheaux tente de relier le meurtre d'une prostituée à un gangster local, Julie "Baby Feet" Balboni, revenu dans la région pour produire un film de guerre. Un soir, il arrête un automobiliste en état d'ébriété. Il s'agit d'Elrod Sykes, la star du film. Celui-ci lui raconte qu'il a vu des ossements humains enchaînés dans le bayou. Cette histoire rappelle à Dave le meurtre d'un jeune Noir auquel il a assisté 35 ans plus tôt. Au cours de son enquête, il renoue avec Murphy Doucet, un ancien flic, qui assure la sécurité sur le tournage du film. De temps en temps, Robicheaux reçoit la "visite" du général John Bell Hood, héros de la guerre de Sécession... TELERAMA Alors qu’il enquête sur des meurtres en série, Dave Robicheaux, shérif en Louisiane, est rattrapé par le souvenir d’un crime raciste. Tavernier parachève son histoire d’amour avec le cinéma américain. D'emblée, c’est une voix qui sort de la brume comme d’outre-tombe. Des mots rocailleux, prononcés par Tommy Lee Jones. L’acteur incarne idéalement le shérif Dave Robicheaux, personnage clé des histoires de James Lee Burke. Il doit élucider une série de meurtres sauvages commis dans la région par un détraqué qui s’en prend à de jeunes prostituées. Tâche d’autant moins facile qu’en Louisiane la culpabilité est générale. Une région envoûtante et dévastée. Gangrenée par la mafia locale. Dans ce marasme, Robicheaux apparaît comme un type bien, mais capable d’accès de violence. D’où vient cette violence ? C’est l’enjeu du film : remonter à l’origine du mal. D’où l’omniprésence du passé (la guerre de Sécession), d’où le film tourné dans le coin, avec Elrod Sykes, une star hollywoodienne imbibée du matin au soir que Robicheaux prend sous son aile. Ces deux-là n’ont pas grand-chose en commun. Sinon une hantise : l’alcool. Tavernier fait bien ressentir le voyage immobile que procure l’alcool, ce passé ressassé, entre mémoire et oubli. Baigné de blues et de musique cajun, ce polar ondule. À défaut de paix, on y trouve l’accalmie. | DANS LA BRUME ELECTRIQUE, Bertrand Tavernier 2009,(thriller)@@ (E) A New Iberia, en Louisiane, l'inspecteur Dave Robicheaux tente de relier le meurtre d'une prostituée à un gangster local, Julie "Baby Feet" Balboni, revenu dans la région pour produire un film de guerre. Un so ... |
![]() | DARLING CHERIE, John Schlesinger 1965, Julie Christie, Dirk Bogarde (thriller sentimental)@@Célèbre mannequin, épouse d'un millionnaire italien, Diana Scott s'ennuie à mourir. A l'occasion d'une interview, elle se souvient de son parcours. Elle était encore très jeune, mais déjà très belle, quand, ayant terminé ses études, elle épousa Tony Bridges, pour le quitter peu après, déçue par son inexpérience. Son premier grand amour fut Robert Gold, un journaliste qui n'hésita pas à quitter femme et enfants pour refaire sa vie avec elle. Peut-être aurait-elle vieilli à ses côtés si elle n'avait pas rencontré Miles Brand, un homme d'affaires plein d'assurance, brillante incarnation de ses propres ambitions... TELERAMA Petrite pochade qui se veut politique mais reste sur la surface des frasques d’une écervelée ambitieuse. Les acteurs, eux, sont épatants. Quatre ans avant de réaliser son chef-d’œuvre, Macadam Cowboy, John Schlesinger signait son troisième film, chronique d’une madame Bovary en plein Swinging London mâtinée de Rastignac du showbiz. Diane devient top-modèle grâce à Robert le journaliste (Dirk Bogarde, magistral), puis actrice par l’entremise de Miles le communiquant mondain, et altesse en se mariant au prince Cesare… Dans un beau noir et blanc très contrasté (façon Nouvelle Vague, ici anglaise), le réalisateur suit son héroïne et épouse sa nonchalance… jusqu’à nous bercer quelque peu. Diane est si évaporée, si inconséquente qu’on a du mal à s’attacher à elle. Julie Christie défend pourtant son personnage, surtout dans les scènes de révolte, moins dans celles où elle doit montrer son ennui. Les trois hommes qu’elle rencontre sont autant de facettes du mâle : l’amant romantique, le séducteur provoquant et le seigneur altier. Et tous partagent le même défaut : une fois la proie ferrée, ils s’en détournent et la laissent seule. Peu à peu, Diane comprend le tragique de sa situation, qui nous est exposé de façon frontale quand elle décide d’avorter. Scène très forte, surtout en 1965. Les films de Schlesinger sont politiques (Un dimanche pas comme les autres, Marathon Man…), celui-ci est encore trop timide dans son discours. Mais il se révèle déjà un formidable directeur d’acteurs et actrices. | DARLING CHERIE, John Schlesinger 1965, Julie Christie, Dirk Bogarde (thriller sentimental)@@ (E) Célèbre mannequin, épouse d'un millionnaire italien, Diana Scott s'ennuie à mourir. A l'occasion d'une interview, elle se souvient de son parcours. Elle était encore très jeune, mais déj&agra ... |
![]() | JAMAIS LE DIMANCHE, Jules Dassin, Jules Dassin 1960, Melina Mercouri (comique musical)@@Insouciante, sexy et débordante de vie, Illya est la femme la plus radieuse du Pirée. Avec elle, les hommes sont au paradis. Et pour cause, Illya est une prostituée. Une professionnelle de l'amour qui vit selon sa fantaisie, se refusant aux hommes qui ne lui plaisent pas. Lorsque Homère, un intellectuel américain en visite au port du Pirée, rencontre Illya, il se met immédiatement en tête de l'arracher à son métier. Mais Illya va lui prouver sans tarder qu'elle n'est pas femme à renoncer à sa vie et à sa liberté | JAMAIS LE DIMANCHE, Jules Dassin, Jules Dassin 1960, Melina Mercouri (comique musical)@@ (E) Insouciante, sexy et débordante de vie, Illya est la femme la plus radieuse du Pirée. Avec elle, les hommes sont au paradis. Et pour cause, Illya est une prostituée. Une professionnelle de l'amour qui vit selon sa fanta ... |
![]() | JULIA, Fred Zinnemann 1977, Jane Fonda, Vanessa Redgrave (societe)@@En 1934, sur la côte Est des Etats-Unis. Dans une maison au bord de l'océan, Lillian Hellman écrit sa première pièce de théâtre, aidée par son ami, l'écrivain Dashiell Hammett. Elle se souvient de Julia, son amie d'enfance, partie pour Vienne afin de suivre les cours de Freud. Lillian se rend en Autriche pour la revoir. Elle apprend bientôt que Julia a été blessée dans une bagarre entre des étudiants et des fascistes et la retrouve à l'hôpital. Peu après, Julia disparaît mystérieusement. De retour aux Etats-Unis, Lillian remanie sa pièce. Celle-ci, à peine publiée, rencontre un très grand succès... TELERAMA Grande histoire d’amitié au féminin dans les années 1920 et 1930. Grâce à la force de son sujet et au talent des actrices, l’académisme de Fred Zinnemann se mue en classicisme poignant. Une voix off, touchante : celle de Lillian Hellman, dramaturge et compagne de Dashiell Hammett, qui se souvient de son amie Julia, de leur indéfectible amitié. Pendant que Lilly, restée au États-Unis, passait jours et nuits dans une maison sur la plage à marteler sa machine à écrire sous le joug sans pitié de Hammett, Julia, elle, se battait sur un autre front, plus sombre qu’une feuille blanche. Nous étions dans les années 1930 et dix ans s’étaient écoulés depuis que les deux jeunes filles avaient rêvé d’idéal dans le château de Julia. La riche héritière aurait pu choisir de se laisser vivre. Elle était partie en Europe, engagée jusqu’à la mort contre le nazisme. Plus de nouvelles. Jusqu’au jour où Lillian, son talent reconnu, est appelée à l’aide par son amie. Pourrait-elle convoyer un paquet dans un train pour Berlin ?... Zinnemann, le cinéaste d’origine autrichienne qui exerça son humanisme à Hollywood, eut toujours à cœur de célébrer le courage au masculin (Tant qu’il y aura des hommes, C’étaient des hommes). C’est l’engagement féminin qu’il loue ici avec élégance, à défaut de lyrisme. Gardien respectueux de cette amitié particulière exempte de toute ambiguïté, il met son académisme au service d’un noble propos : la complémentarité entre les héroïnes-nées et les héroïnes d’un jour. Entre celles, comme Julia, décidées à donner leur vie pour une idée et d’autres, comme Lillian, prêtes à se dépasser tant elles admirent les premières. Sa subtile et élégante direction d’actrices (voir la scène, retenue et poignante, des retrouvailles à Berlin...) fait le reste. Un beau film révérencieux. | JULIA, Fred Zinnemann 1977, Jane Fonda, Vanessa Redgrave (societe)@@ (E) En 1934, sur la côte Est des Etats-Unis. Dans une maison au bord de l'océan, Lillian Hellman écrit sa première pièce de théâtre, aidée par son ami, l'écrivain Dashiell Hammett. El ... |
![]() | L ANTIDOTE, Vincent de Brus 2004, Christian Clavier, Jacques Villeret (comique)@Jacques-Alain Marty, dit "JAM", est le P-DG de Vladis Entreprises, un grand groupe multipôle français. Tout lui réussit mais, depuis peu, il n'est plus dans son état normal : des crises d'angoisse s'emparent de lui. Il tente d'en trouver l'antidote lorsqu'il croise un de ses employés, André Morin. Comptable dans une fabrique de jouets anciens, l'homme possède quelques actions du groupe Vladis dont il suit assidûment le cours. Toujours présent dans les assemblées générales des grands groupes, Morin est l'icône connue et reconnue des petits porteurs. Au cours d'une importante réunion, JAM réalise qu'en présence du petit comptable, il retrouve le charisme qui a fait de lui l'un des maîtres du monde des affaires. "JAM" décide alors de ne plus lâcher ce Morin... TELERAMA Grand patron apparemment tout-puissant, Jacques-Alain Marty, dit Jam (Christian Clavier), se coltine parfois de gênantes crises d'angoisse : il bafouille, marmonne, confond les mots. Jusqu'à ce qu'il rencontre André Morin (Jacques Villeret), modeste comptable bien de chez nous, avec son petit pavillon et son goût pour la « gaule » (la pêche à la ligne, bien sûr, ah ! ah !). Dès qu'André est dans les parages, Jam redevient lui-même. Dès lors, le voilà qui se cramponne à ce « doudou » humain. Une comédie poussive, ni méchante ni drôle. | L ANTIDOTE, Vincent de Brus 2004, Christian Clavier, Jacques Villeret (comique)@ (E) Jacques-Alain Marty, dit "JAM", est le P-DG de Vladis Entreprises, un grand groupe multipôle français. Tout lui réussit mais, depuis peu, il n'est plus dans son état normal : des crises d'angoisse s'empa ... |
![]() | L EMMERDEUR, Edouard Molinaro 1973, Jaques Brel, Lino Ventura (thriller commique)@@@Dans un hôtel à Montpellier, un tueur à gages nommé Ralph prépare son contrat pour abattre un certain Randoni. Dans une chambre voisine, un homme désespéré, François Pignon, représentant en chemiserie, envisage de se suicider après avoir été trahi par sa femme. Cependant, lorsqu'il tente de se pendre, il provoque une inondation qui atteint la chambre du tueur. Les deux hommes se rencontrent et le tueur tente de dissuader Pignon de se suicider pour éviter d'attirer l'attention... TELERAMA Ralf Milan, tueur à gages, doit éliminer Randoni lors de son transfert au tribunal. Deux heures avant cet assassinat, François Pignon, l’occupant de la chambre d’hôtel voisine, tente maladroitement de se suicider… C’est avec L’Emmerdeur que Francis Veber développe, pour la première fois, l’idée comique du duo mal assorti. En opposant un paumé farfelu à un vrai dur, il trouve son fonds de commerce. L’effet de contraste, encore tout neuf, entre deux excellents interprètes est très divertissant. Filmée comme un polar parasité par la comédie, la rencontre permet quelques moments héroïques. Depuis, Francis Veber a usé du même procédé à longueur de films, servi par des couples comme Pierre Richard-Gérard Depardieu (La Chèvre, Les Fugitifs, Les Compères), Jean Reno-Patrick Bruel (Le Jaguar), Jacques Villeret-Thierry Lhermitte (Le Dîner de cons) ou Gad Elmaleh-Daniel Auteuil (La Doublure). | L EMMERDEUR, Edouard Molinaro 1973, Jaques Brel, Lino Ventura (thriller commique)@@@ (E) Dans un hôtel à Montpellier, un tueur à gages nommé Ralph prépare son contrat pour abattre un certain Randoni. Dans une chambre voisine, un homme désespéré, François Pignon, repr ... |
![]() | L ORDRE DES MEDECINS, David Roux 2017, Jérémie Renier, Marthe Keller (sante)@@@A 37 ans, Simon est médecin à l'hôpital. Avec les années, ce pneumologue respecté par ses équipes a appris à côtoyer la mort et la maladie. A l'aube de la quarantaine, toujours célibataire, il a une liaison avec Agathe, une jeune assistante, et donne tout à son travail. Dans sa vie personnelle, il doit gérer un père lunaire et une soeur en plein divorce. Ses certitudes professionnelles et ses digues émotionnelles s'effondrent avec fracas quand sa mère est admise dans son établissement pour un cancer. Simon supporte mal la mort inéluctable de celle-ci... TELERAMA Ce film sur l’hôpital impose sa singularité : intimiste, à la lisière du fantastique, il se concentre sur un fils médecin confronté à la mort de sa mère. Un pneumologue perd pied quand sa mère est admise pour un cancer dans l’hôpital où il exerce. Le voilà en proie au besoin viscéral de tout faire pour sauver un être aimé. Quitte à violer les lois de son ordre ? L’hôpital, cette institution monstre où tout commence et tout finit, le cinéma et les séries nous le montrent en général sur un rythme trépidant, avec suspense, bips d’urgence et brancards fous. Le réalisateur David Roux se démarque de cette vision dramatique. Son hôpital ressemble tantôt à celui qu’il nous arrive à tous de fréquenter, lieu des temps morts et des heures d’attente, tantôt à un espace mental entre fantasme et fantastique. Ainsi ces superbes scènes dans les sous-sols où le jeune médecin et son pote infirmier se terrent, pour oublier, avec un joint, leur impuissance. Dans la reconstitution du quotidien d’une équipe médicale comme dans la transmission d’émotions intimes, la mise en scène est d’une impressionnante justesse. De sorte qu’on passe avec fluidité, sans même s’en rendre compte, d’un film hospitalier à une histoire de famille. Entouré de seconds rôles forts, de la sœur (Maud Wyler) à l’interne (Zita Hanrot) en passant par la mère (Marthe Keller), Jérémie Renier trouve là l’un de ses plus beaux rôles. Ni héros ni salaud : juste un fils. | L ORDRE DES MEDECINS, David Roux 2017, Jérémie Renier, Marthe Keller (sante)@@@ (E) A 37 ans, Simon est médecin à l'hôpital. Avec les années, ce pneumologue respecté par ses équipes a appris à côtoyer la mort et la maladie. A l'aube de la quarantaine, toujours cé ... |
![]() | LE PARRAIN, Francis Ford Coppola 1972, Marlon Brando, Al Pacino (saga)@@@@Don "Vito" Corleone est le parrain de l'une des cinq familles qui contrôlent New-York en 1945. Alors qu'il reçoit une proposition des Tattaglia pour entrer dans le trafic de drogue, il choisit de décliner l'offre, tandis que Sonny, l'un de ses fils, y est favorable. Victime d'un attentat peu après, Vito survit. Son fils Michael, pour se venger, assassine alors Tattaglia et le chef de la police, McCluskey, dans un restaurant après avoir découvert leurs implications dans cette tentative de meurtre sur son père. Alors qu'il refusait ce mode de vie, il devient un élément incontournable d'une famille dont il prend rapidement la tête... TELERAMA La saga baroque des Corleone prend son envol. Brando et Pacino devant la caméra, Coppola en homme-orchestre : l’opéra sanglant peut commencer, avec ses meurtres et ses trahisons. Revoir Le Parrain aujourd’hui, c’est d’abord constater à quel point certaines idées reçues ont la vie dure. Pour commencer, ce n’est pas un film de gangsters. Du best-seller complaisant de Mario Puzo sur un chef mafieux, Coppola a tiré une véritable tragédie familiale. La Mafia n’est qu’un prétexte pour faire entrer la violence, le crime et la trahison dans l’histoire de cette famille. Le personnage principal n’est pas Marlon Brando, qui disparaît presque totalement au quart du film, mais un quasi-débutant nommé Al Pacino : Le Parrain, ou l’histoire du destin tragique de Michael Corleone, fils de Vito. S’il réprouve les pratiques criminelles de sa famille au début du film, il sera amené, mû par un destin inexorable, à prendre la place de son père, renonçant ainsi à tous ses idéaux. Plus de cinquante ans après la sortie du film, l’aptitude formidable du jeune Coppola à s’entourer de collaborateurs d’exception (voir les superbes plans en clair-obscur de Gordon Willis) et son sens aigu du casting ne cessent de laisser admiratif. Surtout en ce début des années 1970 où le monde artistique n’aspire qu’aux expérimentations de toutes sortes, Coppola a l’intelligence du classicisme. Sa mise en scène souveraine reste un modèle de précision et d’évidence. | LE PARRAIN, Francis Ford Coppola 1972, Marlon Brando, Al Pacino (saga)@@@@ (E) Don "Vito" Corleone est le parrain de l'une des cinq familles qui contrôlent New-York en 1945. Alors qu'il reçoit une proposition des Tattaglia pour entrer dans le trafic de drogue, il choisit de décliner l'off ... |
![]() | LE PETIT BAIGNEUR, Robert Dhéry 1968 Louis de Funes (comique)@André Castagnier invente des prototypes de bateaux pour l'irascible Louis-Philippe Fourchaume, l'impétueux patron d'un chantier naval du Sud-Ouest. Tandis qu'André gagne la course de San Remo en compagnie de sa soeur, Charlotte, sur un modèle appelé le "Petit Baigneur", le lancement d'un autre modèle, "L'Increvable", tourne au fiasco dans le bassin du chantier naval. Furieux, Fourchaume chasse André, qui n'a même pas le temps de lui annoncer sa victoire, et détruit les plans du "Petit Baigneur" dans un accès de colère. André se tourne alors vers un industriel italien, Marcello Cacciaperotti, qui se met à vendre des "Petits Baigneurs" comme des petits pains. Jaloux, Fourchaume entreprend de reconquérir Castagnier... TELERAMA L’ignoble Fourchaume, constructeur de bateaux, a viré Castagnier. Or celui-ci a inventé un dériveur révolutionnaire. De Funès se vautre avec délice dans ce rôle de saligaud face à un Robert Dhéry lunaire et attachant. André Castagnier crée des prototypes de bateaux pour l’exécrable et tyrannique constructeur Fourchaume. Sa dernière invention, un dériveur baptisé Le Petit Baigneur, gagne une course prestigieuse. Mais, lorsqu’un commanditaire italien se présente pour en acheter une quantité impressionnante, Castagnier a déjà été brutalement renvoyé par Fourchaume. Il ne reste plus à ce dernier qu’à employer la ruse et l’intimidation pour faire revenir son souffre-douleur et obtenir le juteux contrat. Après Ah ! les belles bacchantes, Louis de Funès retrouve ses complices des Branquignols. La rencontre de sa rage électrique et de leur humour doux-dingue, un tantinet absurde, produit quelques jolis moments d’hilarité. Une comédie légère, une gentille bagatelle aujourd’hui nimbée d’un charme désuet. | LE PETIT BAIGNEUR, Robert Dhéry 1968 Louis de Funes (comique)@ (E) André Castagnier invente des prototypes de bateaux pour l'irascible Louis-Philippe Fourchaume, l'impétueux patron d'un chantier naval du Sud-Ouest. Tandis qu'André gagne la course de San Remo en compagnie de sa soeur, C ... |
![]() | LE SUCCESSEUR, Xavier Legrand 2024, Marc-André Grondin, Yves Jacques (thriller)@@Tout juste promu directeur artistique d'une maison de haute couture parisienne, Ellias profite de cette réussite, fruit d'un dur labeur. Mais cet expatrié québécois voit son élan brisé par une bien mauvaise nouvelle. En effet, il apprend le décès de son père, victime d'une crise cardiaque. Bien décidé à expédier les affaires courantes et à rentrer à Paris au plus vite, Ellias se rend au Canada pour assister aux funérailles de cet homme dont il n'avait plus de nouvelles depuis des années, et pour y régler les détails de la succession. Sur place, une découverte troublante l'amène pourtant vite à envisager de prolonger son séjour... TELERAMA Après “Jusqu’à la garde”, César du meilleur film en 2019, le cinéaste se lance dans le film de genre à l’ambiance asphyxiante et divise nos critiques. Pour : un puissant jeu de massacre du patriarcat Sur une musique électro, des mannequins défilent en cercle concentrique dans un décor glacé. Avec cette scène d’ouverture, en forme de spirale oppressante, dans le milieu de la haute couture, le réalisateur Xavier Legrand semble à des encablures de la violence conjugale de Jusqu’à la garde, son impressionnant premier long métrage multirécompensé. Pourtant, il sera aussi question, ici, d’un fils, d’un père et de féminité violentée. Ellias (Marc-André Grondin), nouveau petit génie de la mode qui vient de prendre la direction artistique d’une célèbre maison de couture française, a quitté son Québec natal vingt ans auparavant. Mais on ne se débarrasse pas ainsi de son passé : voici que le décès d’un père qu’il n’a jamais aimé le pousse à se rendre quelques jours à Montréal pour régler la succession. Deux, trois jours maximum, pour tout vendre, tout solder, et il reprendra le cours de sa prestigieuse carrière. Mais, dans la maison paternelle aux allures si banales, l’attend un héritage terrifiant… Après son premier long métrage réaliste, Xavier Legrand ose le cinéma de genre le plus extrême, avec un mélange singulier de tragédie grecque et de conte noir, volontiers ricanant. Nous sommes chez les Québécois, empruntons donc leur néologisme et ne « divulgâchons » pas la descente aux enfers (et à la cave…) d’Ellias, aussi affolé que lâche, qui accumule les mauvaises décisions dans ce thriller sur la transmission, où les sous-sols peuvent recéler les secrets les plus monstrueux. Le réalisateur opte, à certains moments, pour une violence de grand-guignol. À d’autres, pour des larmes cathartiques, lorsque le fils comprend qu’il est le « digne » successeur de son père… Prenant de bout en bout, littéralement asphyxiant, le film ne cherche pas à être aimable, y compris avec son antihéros, qui craint avant tout de compromettre son bel avenir. Mais à bien y regarder, le créateur de mode considère, lui aussi, les femmes comme des objets quand, d’un doigt méprisant, il choisit les mannequins qui seront ou non sur la photo… Face au remarquable Yves Jacques – le meilleur ami du père, tellement gentil qu’il en devient suspect –, Marc-André Grondin se fond dans la mise en scène chirurgicale, la toile funeste de Xavier Legrand, marionnette consentante de ce jeu de massacre du patriarcat et de la violence masculine. — Guillemette Odicino Contre : une roccambolesque histoire mal inspirée C’est le grand défi de tout artiste : réussir sa deuxième œuvre quand la première a marqué les esprits. Beaucoup ont échoué avant Xavier Legrand, mais rares sont les naufrages de cette ampleur. Rien ne sauve Le Successeur. Au-delà d’un scénario invraisemblable, et d’un renversement de perspective qui donne une scène terriblement grotesque, le plus stupéfiant est de ne jamais trouver la moindre idée de mise en scène un peu maline, alors que Jusqu’à la garde en regorgeait – le corps de Denis Ménochet saturait les plans, pour dire la menace du prédateur. Ici, seule la musique électro peu inspirée du compositeur SebastiAn tente maladroitement de faire monter la tension. Il faut dire que le metteur en scène ne dirige pas, cette fois, deux des meilleurs acteurs français, mais le peu convaincant Marc-André Grondin. Plus le film avance et plus l’infortuné interprète se noie dans cette rocambolesque histoire, jusqu’à une scène injouable où il doit sangloter sans fin… Une erreur de parcours, espérons-le, pour Xavier Legrand, qui a peut-être simplement été mal entouré, mal conseillé, mal inspiré. — Michel Bezbakh | LE SUCCESSEUR, Xavier Legrand 2024, Marc-André Grondin, Yves Jacques (thriller)@@ (E) Tout juste promu directeur artistique d'une maison de haute couture parisienne, Ellias profite de cette réussite, fruit d'un dur labeur. Mais cet expatrié québécois voit son élan brisé par une bien ... |
![]() | MYSTERE A SAINT TROPEZ, Nicolas Benamou 2021, Christian Clavier (comique)@En 1970, le milliardaire Claude Tranchant et sa femme Eliane sont les rois de Saint-Tropez. Toute la jet set de la Riviera se précipite à leurs fêtes homériques organisées dans leur magnifique villa. Mais leur vie oisive est bouleversée quand leur voiture décapotable est sabotée. Tranchant pense à une tentative de meurtre et demande en haut lieu que le meilleur flic de France se charge de l'enquête. Mais l'été, les plus fins limiers sont en vacances. Boulin, commissaire bientôt retraité et aux méthodes dépassées, se rend sur place. Son attitude arrogante et son incompétence freinent vite le bon déroulement de l'enquête... | MYSTERE A SAINT TROPEZ,
Nicolas Benamou 2021, Christian Clavier (comique)@ (E) En 1970, le milliardaire Claude Tranchant et sa femme Eliane sont les rois de Saint-Tropez. Toute la jet set de la Riviera se précipite à leurs fêtes homériques organisées dans leur magnifique villa. Mais l ... |
![]() | OMAR M A TUER, Roschdy Zem 2010, Sami Bouajila, Denis Podalydès (thriller aff Haddad)@@En juin 1991, à Mougins, Ghislaine Marchal est retrouvée morte à son domicile à côté d'une inscription qu'elle a visiblement écrite avec son sang : "Omar m'a tuer". Omar Raddad est le jardinier de la victime. Il est aussitôt arrêté et incarcéré dans la maison d'arrêt de Grasse. Omar, qui comprend mal le français et qui a bonne réputation, est le coupable idéal. En 1994, en apprenant la condamnation d'Omar Raddad, lequel a toujours clamé son innocence, un écrivain, Pierre-Emmanuel Vaugrenard, se rend à Nice pour mener une contre-enquête et écrire un livre sur l'affaire. Les résultats de l'autopsie pourraient disculper le jardinier, mais le corps a déjà été incinéré... TELERAMA Avocat de la défense d’Omar Raddad, Zem emploie tous les moyens pour prouver son innocence. Il commet des fautes de goût mais sait rappeler tous les détails de cette affaire bouclée d’avance. Faites entrer l'accusé. Le coupable idéal. L'Arabe de service. Le bouc émissaire… Aucun doute : le deuxième film de Roschdy Zem est un procès à décharge. Pour lui, Omar Raddad n'a pas tué Ghislaine Marchal, sa patronne, retrouvée sauvagement assassinée à Mougins en 1991, avec, sur le mur, cette satanée faute d'orthographe. Et il s'emploie à le démontrer par tous les moyens. Quitte à faire de mauvais choix, tels ces flash-back où l'écrivain passionné par l'affaire (Denis Podalydès, peu inspiré en pseudo-Jean-Marie Rouart, auteur du livre adapté) recrée mentalement la scène du crime à la manière des pires reconstitutions de télé-réalité. C'est un piège que filme Roschdy Zem : l'arrestation éclair, le premier interrogatoire d'Omar, assommé par l'incompréhension, le cortège des erreurs d'expertise, la prison, la souffrance d'un homme qui crie en vain son innocence, et sa libération, sept ans plus tard, détruit. La mise en scène, un peu scolaire mais efficace, rappelle chaque détail de l'affaire, montre à quel point elle était réglée d'avance. Roschdy Zem ne cherche pas le vrai coupable ? C'est qu'il s'occupe avant tout de l'innocent. On se souvient qu'à l'époque Jacques Vergès, l'avocat d'Omar, avait lancé cette phrase : « Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif ; aujourd'hui, on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin. » Dans sa manière, assez impressionniste, de planter le décor, le film suggère qu'un tel piège ne se serait peut-être pas refermé aussi facilement ailleurs que sur la Côte d'Azur… Et dans la peau d'Omar, le Marocain timide qui parle à peine français, reclus en lui-même, Sami Bouajila est vraiment bouleversant : un homme sans mots, donc sans arme. | OMAR M A TUER, Roschdy Zem 2010, Sami Bouajila, Denis Podalydès (thriller aff Haddad)@@ (E) En juin 1991, à Mougins, Ghislaine Marchal est retrouvée morte à son domicile à côté d'une inscription qu'elle a visiblement écrite avec son sang : "Omar m'a tuer". Omar Raddad est l ... |
![]() | PETIT PAYS, Éric Barbier 2019, Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle (drame afrique rwanda)@@@Dans les années 1990, au Burundi, Gabriel vit heureux entouré de son père français, un chef d'entreprise et de sa mère rwandaise, de sa sœur et de ses amis. Ils vivent dans un confortable quartier d'expatriés. C'est le temps de l'insouciance et des bêtises avec des enfants de son âge. Mais le bonheur commence à se fissurer : ses parents se disputent beaucoup. Entre Yvonne, sa mère Tutsi, née en 1963 au Rwanda et son père blanc, Michel, originaire des Vosges, rien ne va plus. Ses parents finissent par se séparer. La vie de Gabriel bascule complètement quand éclate la guerre civile. Le génocide rwandais va toucher sa famille au plus près... TELERAMA Avant d’être un film, “Petit Pays” est le premier roman de Gaël Faye sur son enfance au Burundi et les prémices du génocide rwandais. Malgré quelques faiblesses, l’émotion est au rendez-vous. Cette adaptation du roman à succès de Gaël Faye raconte les quatre cents coups d’un petit garçon métis, fils d’un entrepreneur français et d’une mère rwandaise, dans le Burundi des années 1990, avant la dislocation de l’harmonie familiale qui coïncidera avec le chaos de la guerre civile et les prémices d’un génocide. Le regard inquiet de l’enfant sur les disputes de ses parents, la vie avec les copains, la confusion politique et le racisme interethnique qui monte : autant d’émotions et de sensations bien rendues, sans dramatisation excessive ni édulcoration. Le film est parfois bancal, maladroit, mais il parvient à mêler chronique intime et récit historique, avec des acteurs en majorité non professionnels, Djibril Vancoppenolle en tête, poignant dans son mélange d’innocence, de désarroi et de lucidité. | PETIT PAYS, Éric Barbier 2019, Jean-Paul Rouve, Djibril Vancoppenolle (drame afrique rwanda)@@@ (E) Dans les années 1990, au Burundi, Gabriel vit heureux entouré de son père français, un chef d'entreprise et de sa mère rwandaise, de sa sœur et de ses amis. Ils vivent dans un confortable quartier d' ... |
![]() | POSSESSIONS, Eric Guirado 2012, Jérémie Renier, Julie Depardieu (thriller aff Flactic Grand Bornand)@@Marilyne et Bruno Caron, couple modeste originaire du Nord, s'installent en montagne pour changer de vie. Patrick Castang, le propriétaire du chalet qu'ils ont loué, leur explique que le logement est encore en travaux. En échange, il met à leur disposition un autre chalet de grand standing. Pendant des semaines, alors que Bruno a trouvé un emploi dans un garage de la région, les Caron ont le sentiment de vivre comme des riches. Mais quand les Castang embauchent Marilyne comme femme de ménage, ils commencent à se sentir humiliés. L'air de rien, les Castang ne sont-ils pas en train d'exploiter leurs locataires ? D'abord envieuse de leur richesse, Marilyne finit par la haïr... TELERAMA Deux familles : des promoteurs aisés (vaguement véreux) et des humiliés se vengent... De l’affaire Flactif, le réalisateur tire un thriller dénonciateur. Àla base du film, il y a l’affaire Flactif (l’assassinat, en 2003, d’une famille de promoteurs par un client envieux), mais Éric Guirado n’en garde que des bribes : le décor de la Haute-Savoie, la dégaine du héros… Ce qui l’intéressait dans ses films précédents (Quand tu descendras du ciel, Le Fils de l’épicier), c’est la difficulté des humbles à disposer de leur vie. Et il continue. C’est ce venin circulant entre des êtres ambigus : des puissants faussement compassionnels (ah, les sourires d’Alexandra Lamy !), des pauvres de plus en plus hystériques… Ils en deviendraient presque antipathiques… « Salauds de pauvres ! » disait Jean Gabin dans La Traversée de Paris, de Claude Autant-Lara. Sauf que Guirado prouve, lui, que tout le monde a tout fait pour que les « pauvres » deviennent effectivement des « salauds », qu’il est temps de le dire et d’y mettre bon ordre. Possessions ressemble à du Chabrol. Moins le pamphlétaire de La Cérémonie que le psychologue qui fouillait la vie des « bonnes femmes » et des pauvres mecs à la Simenon. On sent, surtout, chez le jeune cinéaste le goût d’éviter le spectaculaire (les meurtres, par exemple) pour filer droit à l’essentiel : cette scène où une petite fille dessine une licorne alors que, derrière elle, ses parents s’engueulent. Ou ce plan où l’assassin est tout heureux de constater qu’il « passe bien à la télé », alors que les policiers frappent à sa porte. Tout, alors, devient fascinant. | POSSESSIONS, Eric Guirado 2012, Jérémie Renier, Julie Depardieu (thriller aff Flactic Grand Bornand)@@ (E) Marilyne et Bruno Caron, couple modeste originaire du Nord, s'installent en montagne pour changer de vie. Patrick Castang, le propriétaire du chalet qu'ils ont loué, leur explique que le logement est encore en travaux. En &eac ... |
![]() | PREMIERES VACANCES, Patrick Kassir, Johnattan Cohen, Camille Cottin, Camille Chamoux (comique)@@Marion et Ben ont fait connaissance grâce à une application de rencontres. Le rendez-vous se passe tellement bien, malgré leurs caractères très différents, que Ben propose très vite à la jeune femme de partir en vacances avec lui. Leurs proches se disent tous que ce voyage va être une catastrophe car ils ne se connaissent pas assez. Direction la Bulgarie où Ben, plus soucieux de son confort que Marion, ne supporte pas l'eau de mer à la couleur bizarre, pas plus qu'il n'apprécie de partager un dortoir spartiate avec des étrangers. Ils se rendent dans un hôtel plus luxueux, au grand désespoir de Marion... TELERAMA Après une rencontre sur Tinder, Ben et Marion décident de passer leurs vacances ensemble, en Bulgarie. Si les galères réussissent à Camille Chamoux et à Jonathan Cohen, le film s’enlise. Ils ont la trentaine bien tassée, se rencontrent sur Tinder, passent une nuit exaltante et décident, sur un coup de tête, de passer leurs vacances ensemble. Direction la Bulgarie, à mi-chemin entre Biarritz, où Ben avait prévu de lézarder, et Beyrouth, où Marion comptait faire la fête. À la classique attraction des contraires s’ajoute un piment supplémentaire : l’histoire d’amour commence là où aucune ne survivrait, entre un Airbnb minable et la découverte des manies tue-l’amour de chacun, digestion comprise. Premières Vacances ne révolutionne pas l’anti-comédie romantique, mais l’abattage de Camille Chamoux et de Jonathan Cohen fait des étincelles, du moins dans la première partie du film. Quand le couple échoue finalement dans un hôtel de luxe, l’humour s’enlise dans les conventions : comme à Marion, les galères bulgares nous manquent… | PREMIERES VACANCES, Patrick Kassir, Johnattan Cohen, Camille Cottin, Camille Chamoux (comique)@@ (E) Marion et Ben ont fait connaissance grâce à une application de rencontres. Le rendez-vous se passe tellement bien, malgré leurs caractères très différents, que Ben propose très vite à l ... |
![]() | REVOLT, Joe Miale 2017, Lee Pace, Bérénice Marlohe (science fiction)Bo, un soldat, se réveille un matin au Kenya et découvre que la Terre a été envahie par des extraterrestres. Souffrant d'amnésie, il ne se souvient pas de sa mission. Mais il réalise que l'humanité est en danger. Il rencontre Nadia, une Française qui travaille comme médecin pour une organisation humanitaire.. | REVOLT, Joe Miale 2017, Lee Pace, Bérénice Marlohe (science fiction) (E) Bo, un soldat, se réveille un matin au Kenya et découvre que la Terre a été envahie par des extraterrestres. Souffrant d'amnésie, il ne se souvient pas de sa mission. Mais il réalise que l'humanit&e ... |
![]() | TAPAGE NOCTURNE, Catherine Breillat 1979Solange a vingt-cinq ans. Jolie, libérée, elle se comporte avec les hommes en bonne féministe qu'elle est. Elle "consomme" donc, à la recherche du partenaire idéal. Solange a une fille dont elle parle souvent, mais qu'elle ne voit jamais. Elle a aussi un mari et un amant régulier, metteur en scène qui se satisfait de quelques heures avec elle sans oublier d'être généreux. C'est lui qui présente Solange à Bruno. Solange ne sait pas pourquoi, mais cet homme-là compte déjà dans sa vie. LE MONDE Catherine Breillat a écrit des romans (le premier à l'âge de dix-sept ans) et réalisé il y a quelques années un film " underground ". Tapage nocturne est sa première incursion dans le cinéma commercial, et c'est un film intéressant. Il correspond à une génération de gens qui ne se contentent plus de l'écriture et du livre, mais veulent à tout prix (ici, 3 millions de francs) le truchement des acteurs, de la mise en scène, de la caméra, pour raconter ce qui les possède. L'énergie qu'ils mettent dans une transposition qui n'en est pas vraiment une, mais qui éprouve la force de leur besoin d'expression, la sincérité avec laquelle ils exposent leur mal de vivre, rendent attachants, exaspérants aussi, ces nouveaux réalisateurs, ces nouvelles réalisatrices. Comme il s'agit pour eux de rester le plus près possible d'eux-mêmes, et comme ils essaient malgré tout de créer des personnages attrayants, cinématographiques et vraisemblables, leurs films sont pleins d'informations : sur un univers mental, sur un milieu. Les protagonistes de Tapage nocturne parlent comme les jeunes Parisiens parlent aujourd'hui dans les sphères artistiques ou para-artistiques (ils sont réalisateurs, producteurs, acteurs). Ils parlent beaucoup, de façon littéraire, et leurs dialogues sont empruntés aux films de la nouvelle vague, ceux de Godard, surtout. Il est curieux de les voir revenir au cinéma, comme transcription de la réalité et non plus comme création. Le mérite de Catherine Breillat est cependant d'avoir fait la part belle à l'irréalité pour traduire le désordre des passions. Solange, l'héroïne (Dominique Laffin), évolue dans une nuit intemporelle et constante ; on ne sait pas ce qu'elle fait le jour, ni comment elle peut avoir autant d'amants à la fois. On est rendu sensible au tourbillon qui l'emporte et la perd ; le morcellement de sa personnalité est visualisé, servi par la faiblesse même du scénario, son côté répétitif, sans évolution. Solange est mariée à un homosexuel dont elle a une fille qu'on ne verra pas. Elle couche avec n'importe qui et ne dort avec personne, tombe finalement amoureuse d'un type bizarre (Bertrand Bonvoisin) qui ne se déshabille jamais. Solange se livre à ses caprices, à sa tyrannie. Chacun d'entre eux a besoin d'absolu, chacun s'exaspère de ne pas trouver chez l'autre ce qu'il exige, et, à force de ne pas trouver de lieux pour s'aimer, ils perdent en eux le moyen de se retrouver. Catherine Breillat impose à Dominique Laffin un jeu un peu fou, trop proche de celui qu'elle avait dans La femme qui pleure de Jacques Doillon. Bertrand Bonvoisin est mieux parce qu'il intrigue. Les autres, Joe Dallessandro, par exemple, font des apparitions inutiles. Dans tout cela, il n'y a pas de tendresse, pas de réflexion, beaucoup de violence ; et le plaisir du spectateur, c'est une autre histoire. CLAIRE DEVARRIEUX. | TAPAGE NOCTURNE, Catherine Breillat 1979 (E) Solange a vingt-cinq ans. Jolie, libérée, elle se comporte avec les hommes en bonne féministe qu'elle est. Elle "consomme" donc, à la recherche du partenaire idéal. Solange a une fille dont elle ... |
![]() | TAPAGE NOCTURNE, Gerard Cuq 1998, Ingrid ChauvinExaspérée par sa voisine Hélène, Claire se connecte à son minitel et envoie un inconnu chez elle. Le lendemain, Hélène est retrouvée morte. Le psychiatre de la jeune femme est alors arrêté. Se sentant responsable de sa mort, Claire met tout en oeuvre pour retrouver le coupable et faire innocenter le médecin. | TAPAGE NOCTURNE, Gerard Cuq 1998, Ingrid Chauvin (E) Exaspérée par sa voisine Hélène, Claire se connecte à son minitel et envoie un inconnu chez elle. Le lendemain, Hélène est retrouvée morte. Le psychiatre de la jeune femme est alors ar ... |
![]() | TERREUR AVEUGLE, Richard Fleischer, Mia Farrow, Diane Grayson (horreur)Dans une ferme bourgeoise de la campagne anglaise, Sarah, une jeune fille devenue aveugle après une chute de cheval, découvre les cadavres de ses parents adoptifs au retour d'une promenade avec son ami. Le jardinier, dans son dernier souffle, lui glisse le bracelet que le meurtrier a perdu lors de son forfait. Sarah se réfugie dans un camp de gitans, puis s'enfuit. Le mystérieux assassin est à ses trousses... TELERAMA Sur un thème proche de celui de “Seule dans la nuit” avec Audrey Hepburn, Richard Fleischer (“Soleil vert”) à son meilleur. Un pur plaisir de cinéma traverse ce film de Richard Fleischer admiré par les fans de Hitchcock. Une histoire effrayante, qui aurait pu être facile, y devient fascinante par la manière dont elle est mise en scène. Après un accident de cheval qui l’a rendue aveugle, Sarah est accueillie dans une grande demeure à la campagne. Un décor bourgeois bientôt transformé en scène de crime, labyrinthe sanglant dans lequel elle devra chercher à tâtons comment survivre. Lancé en 1971, quelques mois avant Orange mécanique de Stanley Kubrick, Terreur aveugle s’ouvre sur l’évocation d’une violence qui s’affiche partout, au cinéma comme sur le petit écran, et s’incarne en un inconnu dont on ne verra que les santiags. Un indice trop vague pour identifier ce tueur pervers : tous les hommes deviennent suspects — notamment le palefrenier en chaussettes. Mais, si la violence masculine est pointée, c’est comme un fait établi. L’important est moins le coupable que l’enfer dans lequel est jetée la victime aveugle, interprétée avec courage par Mia Farrow. Le sadisme envers une femme (très présent chez Hitchcock) se double ici d’une terrible cruauté envers une personne handicapée. L’élaboration de la mise en scène n’en est que plus cruciale, la perfection de la forme passant ainsi devant ce que le fond a de trop trouble… | TERREUR AVEUGLE, Richard Fleischer, Mia Farrow, Diane Grayson (horreur) (E) Dans une ferme bourgeoise de la campagne anglaise, Sarah, une jeune fille devenue aveugle après une chute de cheval, découvre les cadavres de ses parents adoptifs au retour d'une promenade avec son ami. Le jardinier, dans son ... |
![]() | TOUT S EST BIEN PASSE, François Ozon 2021, Andre Dussolier, Sophie Marceu (drame sante)@@@Une nuit, le père d'Emmanuèle, 85 ans, est victime d'un AVC. Désormais paralysé, il peut à peine parler et son état va empirer. Parce qu'il a follement aimé la vie, il refuse son lent délabrement et demande à sa fille Emmanuèle de l'aider. Ce qui ne manque pas de provoquer la jalousie de son autre fille, qui s'est toujours sentie mal aimée. Ensemble, les deux soeurs décident de se tourner vers une association suisse qui peut les accompagner dans leur démarche. Alors que le processus suit son cours, c'est l'occasion de se dire quelques vérités sur leur enfance difficile à cause d'un père distant et froid. Emmanuèle ne comprend pas pourquoi sa mère est restée avec lui... TELERAMA François Ozon aborde le sujet délicat du suicide assisté, inspiré par une histoire vraie. André Dussollier impressionne en vieil homme sarcastique. A-t-on ri ne serait-ce qu’une fois en dévorant Tout s’est bien passé, le livre d’Emmanuèle Bernheim, paru en 2013 ? Dans le miroir déformant de la mémoire, la précision sèche du récit, sa gravité ramassée ont fini par s’imposer… Non pas que l’on se gondole devant cette adaptation de François Ozon, mais elle surprend par ses cruels éclats d’humour, d’autant plus savoureux qu’ils sont tirés à bout portant par André Dussollier, tenu pour rassurant… Le septuagénaire à la voix d’or incarne donc André, 85 ans, grand bourgeois qu’un AVC rend hémiplégique, et qui choisit d’aller mourir en Suisse. Métamorphosé par des prothèses, le visage déformé, l’élocution difficile, diminué et rageur, le comédien est bluffant. Le cinéaste s’intéresse tout d’abord au quotidien concret du patient et de ses proches, puis il dessine le portrait d’un esthète autoritaire et charmeur, redoutable père d’une paire de filles interprétées par Sophie Marceau et Géraldine Pailhas. « Tu es mon fils préféré », lâche le vieil homme à Emmanuèle, alias la romancière, à qui il confie une mission impossible : l’aider « à en finir ». Tout s’est bien passé raconte son trajet intime, du refus initial à l’acceptation. Sophie Marceau convainc en adulte solide bouleversée jusque dans ses rêves mais se découvrant, aussi, un courage insoupçonné. Peut-être était-il inutile d’ajouter des flash-back pour illustrer la jeunesse douloureuse de l’héroïne ? Tout s’est bien passé trouve néanmoins un équilibre harmonieux entre le drame familial et le film-dossier sur le suicide assisté, tout en ménageant un étrange suspense : la « grande évasion » aura-t-elle lieu ? | TOUT S EST BIEN PASSE, François Ozon 2021, Andre Dussolier, Sophie Marceu (drame sante)@@@ (E) Une nuit, le père d'Emmanuèle, 85 ans, est victime d'un AVC. Désormais paralysé, il peut à peine parler et son état va empirer. Parce qu'il a follement aimé la vie, il refuse son lent d&eacut ... |
![]() | TWO LOVERS, James Gray 2008, Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow (drame sentimental)@@Poursuivi par le souvenir de sa fiancée perdue, Leonard Kraditor tente de se suicider en se jetant du haut d'un ponton, et se ravise au dernier moment. De retour chez ses parents, qui tiennent un pressing, il fait la connaissance du nouvel associé de son père, Michael Cohen, et de sa famille, en particulier de sa fille, Sandra, qui lui confesse rapidement avoir souhaité le rencontrer. Peu après, sur le palier, il aide une voisine nouvellement arrivée, Michelle, à fuir les insultes que lui lance son père dans la cage d'escalier. Irrésistiblement attiré par Michelle, dont la blondeur souriante cache la douleur d'une liaison sans avenir, il n'en continue pas moins de courtiser la brune et émouvante Sandra... TELERAMA Un jeune homme angoissé, qui est revenu vivre chez ses parents, est partagé entre un amour raisonnable et une passion déraisonnable. Un mélodrame intense filmé comme un polar, où l’on retrouve les obsessions de James Gray. Un vieux père présente à son fils des amis qui ont une fille à marier. Leonard (Joachin Phoenix) est d’autant plus embarrassé que la promise, Sandra, a la beauté d’une madone (Vinessa Shaw, révélation). Elle est éprise de lui, mais Leonard pense à une autre, Michelle, croisée sur son palier : sa nouvelle voisine. Elle est également éblouissante… Il est rare de voir l’amour filmé avec une telle intensité dramatique. Pathétique (« relatif à la passion »), le film l’est pleinement. Tandis que la blonde est associée au vertige et à l’altitude, la brune apporte stabilité et protection. Les deux scènes d’amour décisives orchestrent cette symbolique avec détails. Sensuelle et pleine de tendresse est la séquence avec Sandra, dans le nid douillet de la chambre. Celle avec Michelle, sur le toit et dans un froid glacial, a le caractère à la fois irréel et pénétrant de ces instants supérieurs de vie. Les flingues ont disparu, mais la peur, elle, est bien là. Two Lovers est une histoire d’amour qui ressemble à un film d’angoisse. S’échapper ou mourir à petit feu, voilà le dilemme. Apparent, car, au fond, James Gray va plus loin. À travers le parcours de Leonard se dessine un travail de deuil plus que délicat : l’acceptation de l’âge adulte et du chagrin qui va avec. | TWO LOVERS, James Gray 2008, Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow (drame sentimental)@@ (E) Poursuivi par le souvenir de sa fiancée perdue, Leonard Kraditor tente de se suicider en se jetant du haut d'un ponton, et se ravise au dernier moment. De retour chez ses parents, qui tiennent un pressing, il fait la connaissance du ... |
![]() | VOL 93, Paul Greengrass 2005, Christian Clemenson, Cheyenne Jackson (terrorisme catastrophe)@@Les passagers embarquent sans encombre à bord du vol 93 d'United Airlines reliant Newark à San Francisco. La date : le 11 septembre 2001. Peu après le décollage, des faits étranges se produisent à proximité du cockpit. Lorsqu'ils apprennent que trois avions ont été détournés et précipités contre des bâtiments publics de New York et Washington, les passagers en déduisent l'effroyable vérité. Leur vol est lui aussi tombé entre les mains de terroristes suicidaires. De leur côté, les autorités du contrôle aérien tentent désespérément d'empêcher d'autres attentats. Conscients qu'ils sont les seuls à pouvoir arrêter les terroristes, les passagers décident de tenter une action pour reprendre le contrôle du vol 93... TELERAMA Dix-huit ans après sa sortie, le film de Paul Greengrass nous fait encore trembler. Une reconstitution qui prend aux tripes, quasi documentaire, d’un épisode du 11-Septembre laissé parfois hors-champ On connaît l’histoire et son dénouement : le 11 septembre 2001, le quatrième avion détourné par les kamikazes d’al-Qaida, destiné à frapper Washington, s’abîme dans un champ de Pennsylvanie. Le vol United 93, qui devait relier New York à San Francisco, avait décollé en retard. Entre le détournement et le crash programmé, ses passagers, alertés de ce qui se passait ce matin-là aux Etats-Unis, ont tenté de reprendre le contrôle de l’avion, en y laissant leur vie. Démarche héroïque, que la télévision s’est déjà appropriée (11 Septembre, les révoltés du vol 93) et dont le cinéma ne pouvait que s’emparer. Idéal pour les faiseurs de mélodrames hollywoodiens ? Produit et réalisé par des Britanniques (mais soutenu par une major américaine, Universal), Vol 93 déjoue ces craintes-là. Dans ses précédents films (notamment Bloody Sunday, sur la guerre d’Irlande, et La Mort dans la peau, grosse machine d’espionnage), l’Anglais Paul Greengrass a imposé un style : caméra mobile et nerveuse, montage haché – mais jamais virtuose. Une mise en scène qui adopte tous les signes extérieurs du reportage et produit un saisissant effet de vérité, y compris dans les péripéties les plus invraisemblables. Parfait pour cette histoire qui dépasse largement la fiction… Pousser sans cesse le spectateur dans sa propre mémoire Vol 93 est clairement divisé en deux parties. D’abord, tout ce qui se passe hors de l’avion : la lente découverte par l’Amérique – et surtout par les autorités aériennes, civiles et militaires – que ce mardi de septembre ne sera pas comme les autres. Quasiment en temps réel, le récit va et vient entre l’aéroport de Newark, où se prépare l’embarquement du vol 93, retardé, et les différentes tours de contrôle régulant le trafic aérien. Peu ou pas de personnages à proprement parler : des silhouettes (les pilotes et les passagers), des fonctions (les contrôleurs aériens et leurs supérieurs). On sait ce qui va se passer, pas eux, et cette connaissance ajoute au caractère tragique de l’événement. Quand les pontes de l’aviation civile, les yeux rivés sur les écrans de télé, découvrent la première tour éventrée, il y a dans l’air un fort sentiment d’incrédulité. Les infos sont encore parcellaires : la journaliste de CNN, prudente, parle d’un événement « relativement dévastateur »… Paul Greengrass insiste sur l’impréparation générale – et notamment celle de la Défense. Le nombre d’avions de chasse prêts à décoller est ridicule, personne ne veut donner d’ordre – y compris celui, envisageable, d’abattre les avions détournés pour éviter de plus cruels carnages. Le président Bush est injoignable. Nous, on sait où il est, parce qu’on a vu Fahrenheit 9/11, de Michael Moore : Bush junior déchiffre un livre de lecture dans une école de Floride. C’est une des forces de Vol 93 : pousser sans cesse le spectateur à faire le va-et-vient entre le film et sa propre mémoire, son « vécu » du 11 Septembre. A bord de l’avion, l’action traditionnelle reprend partiellement ses droits. Il y a, bien sûr, des héros et des bourreaux, mais aucun des « clans » n’est caricaturé. Les terroristes sont nerveux et peu sûrs d’eux, les passagers cherchent à sauver leur peau plus qu’à libérer l’Amérique. Le suspense monte, lentement, parce que les pirates tardent à attaquer ; plus tard, ultime geste qui précipitera l’appareil au sol, ce sont les otages qui guetteront le meilleur moment pour partir à l’assaut de la cabine de pilotage. On sait que certains d’entre eux ont appelé leurs proches de leur portable. Ces conversations, qui ont bouleversé l’Amérique, ont nourri le scénario ; tout le reste, inventé mais vraisemblable, a été soumis à l’approbation des familles des victimes. Jamais pourtant Vol 93 n’embouche les trompettes patriotiques. Il se contente de décrire, avec une caméra qui se faufile dans un décor exigu, s’approche au plus près des êtres, le moment du passage à l’acte, cet engagement personnel, concret, qui fera de ces anonymes des héros. On croit rester spectateur de ce drame dont on connaît l’issue. On sort pourtant les jambes flageolantes. Le réalisateur a su faire du 11 Septembre autre chose qu’une page d’histoire : une réalité physiquement tangible. | VOL 93, Paul Greengrass 2005, Christian Clemenson, Cheyenne Jackson (terrorisme catastrophe)@@ (E) Les passagers embarquent sans encombre à bord du vol 93 d'United Airlines reliant Newark à San Francisco. La date : le 11 septembre 2001. Peu après le décollage, des faits étranges se produisent à p ... |
![]() | WORLD TRADE CENTER, Oliver Stone 2006, Nicolas Cage Michael Pena (histoire catastrophe)@@Policiers new-yorkais, John McLoughlin et Will Jimeno débutent cette belle journée du 11 septembre 2001 par leurs tâches routinières. Soudain, un appel à toutes les unités retentit dans leur radio : deux avions de ligne se sont écrasés sur le World Trade Center. Rapidement sur les lieux, McLoughlin et Jimeno décident de s'introduire dans les tours jumelles afin de venir en aide aux personnes prises dans l'incendie qui ravage le sommet des gratte-ciel. N'écoutant que leur courage, ils organisent tant bien que mal l'évacuation des occupants de l'immeuble. C'est alors qu'un terrible grondement se fait entendre au-dessus de leurs têtes. La tour dans laquelle ils se trouvent s'effondre... TELERAMA Une histoire profondément humaine ou d’un conformisme ennuyeux ? Oliver Stone divise. POUR : puissant et mésuré Ils n’ont rien vu de l’effondrement des Twin Towers – et on n’en verra pas beaucoup plus qu’eux. Ils n’étaient même pas dans les tours, mais dans un bâtiment adjacent, dont la structure s’est pliée comme un château de cartes à mesure que s’écroulait le monument visé par les terroristes. Eux, c’est une poignée de flics new-yorkais, précipités en hâte et dans l’impréparation la plus totale pour évacuer les premières victimes de l’attentat du 11 Septembre. Des sauveteurs qu’il s’agit désormais de sauver, emprisonnés qu’ils sont dans un entrelacs de béton et d’acier, entre feu et poussière, plus ou moins gravement blessés, plus ou moins conscients. Bientôt, il n’en reste que deux, symboles du melting-pot américain : l’Irlandais, joué par Nicolas Cage, et le latino, joué par Michael Pena. Le film d’Oliver Stone ne raconte que ça : l’histoire vraie, minuscule et capitale, de deux types coincés en enfer de métal, et qu’on essaie d’arracher à la mort. Une goutte d’eau dans l’océan du 11 Septembre, et ses innombrables conséquences dramatiques, psychologiques, géopolitiques. Un peu court ? Justement. On comprend ce qu’il y a de paradoxal à recommander un film au nom de ce qu’il n’est pas, des pièges qu’il évite, mais World Trade Center est une œuvre qui, vu son sujet, est étonnamment mesurée et modeste. On n’y voit nulle bannière étoilée, et on n’y entend pas l’hymne américain repris en chœur, les seules paroles de vengeance sont prononcées par un type qu’on a pris soin de nous présenter comme un semi-taré belliciste ; il n’y a pas non plus – et c’est un choix éminemment politique de la part du cinéaste – la reconstitution de la chute des tours en effets spéciaux numériques. Pas de « spectacularisme » facile, et le patriotisme n’a pas encore sa place à l’instant où se déroule le film : pas question d’axe du Mal, mais de l’humain, rien que de l’humain, et l’exaltation d’une chaîne de solidarité. Quant à la scène qu’on va beaucoup commenter, celle où le flic latino voit, par deux fois, Jésus lui apparaître, ce n’est pas un message prosélyte, mais la vision subjective du personnage, le reflet exact d’une foi du charbonnier, qu’il ne s’agit pas de juger. Une histoire d’aujourd’hui Le récit alterne la survie des flics pris au piège et l’inquiétude grandissante de leurs familles, qui attendent des nouvelles des portés disparus. Il y a d’un côté une puissance visuelle indéniable – images quasi abstraites de visages minéralisés dans les gravats, secousses telluriques dès que l’environnement immédiat se modifie sous le poids des décombres –, de l’autre une puissance émotionnelle, celle du cinéma hollywoodien qui sait précisément jouer avec les émotions du spectateur, tirer les larmes quand il le faut, ce qui n’est pas forcément un reproche. Comme dans ses précédents films, Oliver Stone marche sur la corde raide des grands mythes américains : ici, l’héroïsme individuel (comme dans un vieux John Ford, un des deux flics propose de se faire amputer séance tenante si ça peut accélérer le sauvetage de son copain) et l’importance de la famille dans la vie communautaire. Ces notions sont ambiguës : elles ont forgé une démocratie, bien avant d’être détournées par la frange la plus conservatrice de l’Amérique d’aujourd’hui. Ne pas se tromper : Oliver Stone a juste raconté, à l’ancienne, une histoire d’aujourd’hui, en tâchant d’y retrouver ce qui fait la spécificité d’un pays qu’il aime, et dont on a tant aimé le cinéma. — Aurélien Ferenczi CONTRE : Vide et paresseux Vol 93, de Paul Greengrass, était la première « fiction » de cinéma à porter explicitement sur les attentats du 11 Septembre. Reconstitution hyperréaliste du vécu des passagers d’un des avions détournés, c’était aussi un film vide de toute interprétation des faits. Radicalement neutre, le nez dans les commandes de l’appareil. Un simulateur très performant de catastrophe aérienne, mais rien d’autre. Dans un genre on ne peut plus différent (la grosse production avec vedette), World Trade Center témoigne du même mutisme face à un trauma peut-être trop récent : Oliver Stone lui non plus n’a rien à dire. Il colle autant qu’il peut à une histoire particulière. Circonscrit le champ de la représentation avec une timidité inhabituelle chez lui. Illustre sans ajout ni retrait la mésaventure vraie de deux flics coincés sous les gravats et donc inconscients des événements : ils pourraient aussi bien être deux spéléologues bloqués sous terre après un éboulement de terrain. C’est un choix, mais exécuté en l’occurrence avec paresse et conformisme. Du côté des victimes comme de celui de leurs familles, les partitions sont standards jusqu’à l’ennui, déjà jouées dans des dizaines de films américains où la survie d’un héros en mauvaise passe nourrit le suspense. « Si jamais j’y reste, pourvu qu’elle appelle le bébé Alicia comme elle le voulait tellement. » « Qu’il revienne ou non, j’appellerai le bébé Cecilia comme il le désirait tant. » Etc. Seule portée symbolique qu’Oliver Stone accorde in extremis à la catastrophe : elle a montré de quel héroïsme le peuple américain – flics, sauveteurs, anonymes – est décidément capable. Après quelques films « indirects » ou métaphoriques sur le 11 Septembre comme La Guerre des mondes, de Spielberg, pleins de désarroi et d’inquiétude, marche arrière toute : retour au satisfecit national comme au bon vieux temps. World Trade Center suggère au fond que rien n’a changé en Amérique, mais n’en tire matière à aucune réflexion critique, seulement un motif d’espérance pour le moins forcé et hasardeux.— Louis Guichard | WORLD TRADE CENTER, Oliver Stone 2006, Nicolas Cage Michael Pena (histoire catastrophe)@@ (E) Policiers new-yorkais, John McLoughlin et Will Jimeno débutent cette belle journée du 11 septembre 2001 par leurs tâches routinières. Soudain, un appel à toutes les unités retentit dans leur radio : ... |