Jeune femme engagée et déterminée, Haby découvre avec stupeur l'inquiétant plan de réaménagement de son quartier d'enfance validé par Pierre Forges, le nouveau maire de sa commune, Montvilliers. Bien décidé à mettre un terme aux incivilités, ce dernier souhaite détruire certaines barres d'immeubles pour faire place nette et redonner un nouveau souffle à cette cité, réputée parmi les plus dangereuses de Seine-Saint-Denis. Mais Haby refuse de céder sans lutter, consciente que l'application du plan passera par l'expulsion des familles nombreuses qui ne pourront pas s'installer dans les logements prévus, volontairement inadaptés à leur situation
TELERAMA
En Seine-Saint-Denis, mal logement et brimades policières forment le quotidien des habitants. Deuxième volet du triptyque consacré à la banlieue imaginé par Ladj Ly.
C'est peu dire que le réalisateur de Montfermeil était attendu au tournant. Après l’incontestable succès public et critique des (deux millions d’entrées, Prix du jury au Festival de Cannes, quatre Césars dont celui du meilleur film), la majorité de la classe politique, dans un bel élan de lucidité, n’avait pu que saluer la « justesse » du constat et « l’absolue nécessité » à agir, quelques mois après avoir enterré le plan Borloo qui proposait de solides pistes pour désenclaver les banlieues.
Alors quand Ladj Ly décide de passer à la vitesse supérieure, comme scénariste, à l’automne 2022, du belliqueux et nihiliste , de son camarade Romain Gavras, ou dans ce deuxième volet de ce qu’il a imaginé comme un triptyque consacré à la banlieue, le retour de bâton était inévitable. L’enquête, en cours, sur des soupçons de détournements de fonds de , fondée par Ladj Ly, n’arrangera pas ses affaires. Difficile de juger le film hors de ce contexte explosif.
Les Indésirables — titre de travail — devait à l’origine prendre la forme d’un biopic de Claude Dilain (1948-2015), maire socialiste de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Projet abandonné au profit d’un film choral et vindicatif sur les thèmes du mal-logement et de la rénovation urbaine, soit exactement le sujet du très réussi , de Thomas Kruithof (2021), qu’il est permis de trouver plus nuancé.
Pour autant, Ladj Ly décrit avec une précision documentaire la corrélation de la dégradation des grands ensembles où sont entassées des familles d’immigrés depuis les années 1960 avec la dégradation des relations entre cette population précarisée et les représentants de l’État, qu’il s’agisse du maire tendance centre dur (Alexis Manenti, l’un des « baqueux » des Misérables) ou des gendarmes mobiles chargés d’appliquer, sans une once d’humanité, les avis d’expulsion. Seules notes d’espoir dans cette chronique d’un désastre annoncé, les femmes, dont une jeune militante associative interprétée avec fougue par Anta Diaw.
Dans son dernier spectacle, À huis clos, le rappeur et auteur incarne un avocat qui prend en otage le juge qui a innocenté l’assassin de son frère. Au cours d’une nuit sous tension, qui rappelle le final de Bâtiment 5, son personnage explique préférer à l’euphémique « quartier populaire » le plus politique « quartier prolétaire ». Revenir aux fondamentaux de la lutte des classes pour dénoncer les mécanismes de domination qui se déploient jusqu’au territoire, tel est aussi le projet de Ladj Ly. Une radicalité qu’il serait malavisé — et typiquement bourgeois — de taxer de manichéenne.