Rêvant de grandes aventures et de défendre sa patrie, un jeune homme portugais s'enrôle dans l'armée durant la Première Guerre mondiale. Il est envoyé au front au Mozambique, en Afrique. Abandonné par son unité, il s'engage dans une longue traversée de la mystique terre Makua, parcourant à pied des milliers de kilomètres à la recherche de ses rêves.
TELERAMA
Le périple au Mozambique, à la fois halluciné et initiatique, d’un soldat portugais perdu. Un récit radical, dans son esthétique et son propos.
Le Mozambique des colons portugais avait déjà inspiré un film sublime, Tabou (Miguel Gomes, 2012). Mosquito est moins baroque, mais on y entend la même mélopée envoûtante d’une voix off égrenant les souvenirs d’un narrateur portugais arrivé en Afrique (à 17 ans) durant la Première Guerre mondiale. Il voulait connaître le monde, se dépasser et défendre sa patrie contre l’ennemi allemand. Abandonné par son unité, il part à sa recherche à pied, parcourant des milliers de kilomètres, d’abord avec deux aides de camp mozambicains, puis complètement seul.
Le grand-père du réalisateur a vécu cette expérience extrême. À défaut d’en connaître les détails, le petit-fils les imagine. Et les traduit incidemment en hallucinations, en fantasmagories. Dans la tradition des récits « conradiens », mais avec la frontalité d’un cinéma de recherche contemporain, le film montre toutes sortes de franchissements irréversibles : perte des idéaux, adieux à l’innocence, basculement dans la sauvagerie, la déraison. Le corps frêle du soldat est ravagé par la fatigue, les drogues, la faim, la saleté. Ses rencontres prennent la texture des cauchemars ou des mirages. Le voilà prisonnier d’un village de femmes et d’enfants dont il ignore totalement le langage. Puis, marchant avec un Allemand qu’il menace de son fusil et qu’il tiendra pourtant dans ses bras, au moins un instant. Le cinéaste sait explorer les confins de chaque situation, la hideur d’un colonialisme enraciné, mais aussi l’envers imprévu de la haine ou de la terreur. En résultent une aventure à la fois esthétique et morale, un récit d’initiation radical.