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MADRE, Rodrigo Sorogoyen 2020, Marta Nieto, Jules Porier (sentimental)@@@



MADRE, Rodrigo Sorogoyen 2020, Marta Nieto, Jules Porier (sentimental)@@@
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MADRE, Rodrigo Sorogoyen 2020, Marta Nieto, Jules Porier (sentimental)@@@ ()

Elena vit en Bretagne et travaille dans un bar, là où son fils a été enlevé quand il avait 6 ans. Elle rencontre Jean, 16 ans, l'âge que son fils devrait avoir et qui ressemble beaucoup au défunt.

TELERAMA
Dix ans après avoir perdu son fils, une femme s’attache à un adolescent.
Un film espagnol, l’histoire déchirante d’une mère qui perd son enfant… Nous ne sommes pourtant pas chez Almodóvar, mais chez un autre Madrilène, au tempérament bien différent. Rodrigo Sorogoyen s’est imposé en mettant en scène la brutalité des mœurs politiques ibériques, dans El Reino (2018). Il demeure dans l’âpreté la plus impressionnante avec Madre, qui s’ouvre sur un tour de force visuel éprouvant. Pendant quinze minutes et dans un plan filmé d’une seule traite, sur la corde raide, Elena essaie de secourir son fils de 6 ans qui l’appelle depuis une plage des Landes, où, en vacances avec son père, il se retrouve soudain seul, en danger 1.

En montrant en temps réel ce bras de fer avec l’urgence, Sorogoyen ouvre son film sur l’extrême. Et il s’y tient. Sur la plage du Vieux-Boucau, dans les Landes, Elena est seule, dix ans plus tard. Elle travaille dans un bar, elle est là où elle aurait voulu être le jour où son fils a appelé, avant de disparaître. La mer gronde, comme si la peur éprouvée ce jour-là et l’horreur vécue étaient encore présentes. L’immensité de la plage dit l’immensité de l’absence, l’immensité de la douleur et de l’impuissance de cette mère. L’histoire d’Elena se raconte désormais à une échelle inhumaine ; elle a survécu en s’endurcissant, au milieu de gens qui ne sont plus que de frêles silhouettes, des ombres sur fond d’océan.

Dans cet univers intériorisé, mental, où le chagrin comme la colère sont refoulés, la vie va pourtant renaître : en croisant un adolescent de 16 ans, Jean, Elena s’attache à lui. Et lui, à elle. Ce n’est pas un mélodrame qui commence. Pas un amour interdit, comme vont s’en inquiéter les parents de Jean. Ni une liaison où la folie se nicherait. Avec une intensité maintenue de bout et bout, Sorogoyen accompagne Elena et Jean (admirables Marta Nieto et Jules Porier) au-delà des apparences, jusqu’à la vérité d’un lien fondamental. Il fait apparaître un instinct plus fort que tout, une protection qu’il s’agit pour Elena de pouvoir donner et, pour Jean, d’accueillir afin de la rendre en retour. Avec cette mère blessée, devenue une sorte d’animal sauvage, et cet adolescent qui aime ce qu’elle a de différent, le cinéaste refait tout le chemin vers l’humain. Ce chemin si rude, si beau, on le suit dans leurs pas. Et c’est inoubliable.


(edit IPTC)