LES RASCALS, Jimmy Laporal-Trésor 2022 (soiete)@@ ()
Milieu des années 1980, à Paris. En balade dans la capitale, un groupe de jeunes banlieusards croise par hasard un jeune skinhead impliqué dans une rixe avec l'un d'entre eux. Les coups ne tardent pas à pleuvoir, sous l'œil discret et attentif de la petite soeur du jeune extrémiste pris à partie...
TELERAMA
Paris, 1984. Deux bandes rivales, fils d’immigrés d’un côté, skinheads de l’autre, s’affrontent sur fond de racisme et de loi du talion. Un film puissant sur la banalisation du mal.
Paname, 1984. À Châtelet-Les-Halles, dans la rue ou chez le disquaire, les bandes s’affrontent. Venus de banlieue et tous fils d’immigrés, les Rascals écoutent du rock, du hip-hop et s’habillent à la James Dean. Leurs ennemis, nuque bien dégagée, bras levé et punk dans les oreilles : les skinheads, graines de fascistes en rangers et bombers, légitimées par la récente percée du Front national (11 %) aux élections européennes. Le décor, musical et politique, est planté. Heureuse surprise que ce premier film, qui retrouve une formule qu’on croyait oubliée en combinant un style visuel éclatant et un propos à la fois engagé et nuancé. On pense autant aux Guerriers de la nuit, de Walter Hill (1979), qu’à Ma 6-T va crack-er, de Jean-François Richet (1997).
Dans cette banale histoire de vengeance réciproque, chacun a ses raisons et tout le monde a tort. Si le cœur du réalisateur, d’origine antillaise, penche bien à gauche, c’est à l’extrême droite qu’il réserve le traitement le plus original et le plus complexe. Notamment à travers le personnage de Frédérique (Angelina Woreth, impeccable), sœur d’un skinhead passé à tabac par les Rascals, qui va développer en retour une haine légitime et une fascination irrationnelle pour l’idéologie fasciste, théorisée sur les bancs de la fac d’Assas le jour et dans des meetings politiques la nuit par des professeurs duplices et dangereusement manipulateurs… Un film coup de poing, dans tous les sens du terme, sur la banalisation du mal.