A BOUT DE COURSE, Sydney Lumet 1988, Steven Hill, Lynne Thigpen (societe)@@@ ()
Pour avoir plastiqué une usine de napalm pendant la guerre du Vietnam par idéal pacifiste, Annie et Arthur Pope doivent vivre dans la clandestinité, car l'attentat a causé la mort d'un vigile et le FBI les traque sans relâche. Ils sont obligés de changer de nom, d'identité et de lieu de résidence très régulièrement. Une sorte de bohême forcée dont tout le monde a épuisé les charmes depuis belle lurette. Surtout Danny, le fils aîné.
TELERAMA
Magnifique réflexion, élégiaque, sur l’engagement à travers le personnage d’un adolescent contraint de suivre ses parents, activistes, qui fuient de ville en ville… Le cinéaste signe l’un de ses plus beaux films.
Douze Hommes en colère, Serpico, Network, Le Prince de New York : on croyait connaître tous les grands films de Lumet, analyste, pendant cinquante ans, des rapports entre l’individu, la morale et la loi. Il restait pourtant cet À bout de course, réalisé presque en douce à la fin des années 1980. Avec cette histoire d’une famille condamnée au mouvement, Lumet, pour une fois, s’éloigne de New York, sa ville de prédilection. En 1971, Arthur et Annie Pope, des activistes, ont fait exploser une usine de napalm pour protester contre la guerre du Vietnam et, sans le vouloir, ont handicapé à vie un gardien. Depuis, ils sont en cavale avec leurs deux fils, déménageant sans cesse et changeant d’identité pour échapper aux agents fédéraux, toujours à leurs trousses.
Fugitif de naissance : c’est un état de plus en plus douloureux pour l’aîné des fils, Danny — frémissant River Phoenix. Pour se construire un destin, pourra-t-il se résoudre à quitter sa famille ? Réflexion passionnante sur l’engagement et l’utopie des années 1970, À bout de course décrit, avant tout, comment des parents pourtant aimants peuvent, au nom de leur idéologie, étouffer, asphyxier leurs enfants. Dans ce drame mélancolique, voire élégiaque — une rareté chez Lumet —, le plus beau personnage n’est pourtant pas Danny, mais sa mère, incarnée par Christine Lahti. La scène où elle essaie d’offrir une autre vie à son fils est belle à pleurer.