LULU FEMME NUE, Solveig Anspach 2013, Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac (thriller social)@@
Parce qu'elle a manqué d'assurance au cours d'un entretien d'embauche, Lulu, mariée et mère de trois enfants, n'obtient pas le poste de secrétaire espéré. Dans un moment d'égarement et sans aucune préméditation, elle décide de ne pas rentrer chez elle et fuit dans une ville balnéaire de Vendée à la recherche d'un peu de liberté. Sur la côte, la fugueuse et timide quadragénaire est confrontée au manque d'argent et se met à la recherche d'un toit. Dans sa quête de renaissance, elle rencontre trois individus qui vont l'aider à se retrouver : un homme protecteur tout juste sorti de prison, une vieille femme rebelle et une employée harcelée par sa patronne...
TELERAMA
Soudain, Lulu, la quarantaine, décroche de son quotidien de mère de famille et s’attarde au bord de la mer… D’après la géniale bande dessinée d’Étienne Davodeau.
Femme ordinaire en fugue, Lulu, née dans une bande dessinée, est aussi une figure typique de la France en crise. Un énième entretien d’embauche raté, des responsabilités familiales écrasantes, un stress chronique et une déprime larvée l’accablent. Or, soudain, elle décroche. Elle manque le train du retour et s’installe à l’hôtel, au bord de la mer.
Avant même que la fiction se déploie, avec ses rebondissements en règle, le plus beau est le vide salvateur dans lequel cette antihéroïne revient à elle. C’est une femme nue au sens où elle se dépouille de ses atours d’épouse, de mère de famille, de chômeuse. Avec cette « nudité » revient l’ingénuité : il suffit d’un rien pour convertir le moins en plus et le mal en bien. Lulu croit apercevoir un cadavre sur la plage ? Ce sera, en fait, une sorte de prince charmant d’occasion, lui aussi en manque d’amour (Bouli Lanners). De même, quand la fugueuse, affamée, en vient à s’en prendre à une vieille dame (Claude Gensac) au sortir de l’épicerie, l’épisode marque, étonnamment, le début d’une cohabitation bienfaisante.
Ce film, chaleureux, parfois fantasque, marquait surtout les retrouvailles, quinze ans après, de la regrettée Sólveig Anspach avec son interprète et alter ego de Haut les cœurs ! (1998) — sur le combat contre le cancer. À la cinéaste, Karin Viard se donnait telle quelle, sans maniérisme ni effets spectaculaires. Son lâcher-prise émouvant fait un écho harmonieux à cette histoire d’émancipation, à cet éloge de la roue libre.