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VERS UN AVENIR RADIEUX, Nanni Moretti 2023, Mathieu Amalric (politique)@@
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Giovanni, cinéaste italien renommé, s'apprête à tourner son nouveau film. Cependant, entre son couple en crise, son producteur français au bord de la faillite et sa fille qui le délaisse, tout semble jouer contre lui. Toujours sur la corde raide, Giovanni doit repenser sa manière de faire s'il veut mener tout son petit monde vers un avenir radieux.

TELERAMA
Le maître italien poursuit son autofiction en incarnant un cinéaste en pleine débâcle. Et son énergie du désespoir confine souvent au génie comique.

Que les cinéastes continuent à tourner bien au-delà de l’âge de la retraite donne, parfois, des films incroyables. A fortiori quand ces créateurs sont eux-mêmes la figure emblématique de leur œuvre, comme Nanni Moretti, et qu’on les voit changer, de façon imprévisible, au fil des ans et des décennies. Vers un avenir radieux prendra ainsi davantage de sens et de valeur pour les (nombreux) spectateurs familiers du maître italien et de son éternelle autofiction. Ce Giovanni qu’il incarne ici, occupé à la fabrication, à Rome, d’un nouveau film, sous-financé, on pense le connaître depuis toujours. Mais sa manière dictatoriale de marteler chacun de ses mots, de pontifier au travail comme en privé, le rend moins sympathique que prévu. Et d’ailleurs, son entourage, professionnel comme familial, n’est plus sous le charme. Bienvenue dans une histoire de débâcle.


À 69 ans, Moretti se plaît à se mettre en scène comme un homme qui ne mesure pas combien son statut, son autorité et sa magie vacillent. Avec toutes les vertus comiques de ce retard accumulé entre sa perception et la réalité. L’épouse et productrice depuis quarante ans (incomparable Margherita Buy) prépare en secret son départ du domicile conjugal, avec l’assistance d’un psychanalyste. Pour la première fois, elle produit, de surcroît, le film d’un autre réalisateur, jeune, adepte de la violence à l’écran, aux antipodes de Giovanni : une trahison à bas bruit… Et l’aveuglement du vétéran rime, de manière ironique, avec celui qu’il a inscrit au cœur de son scénario, situé en 1956 : des communistes italiens hésitent à condamner l’invasion de Budapest par les chars soviétiques, au moment même où ils accueillent un cirque hongrois à Rome…

Le film de toutes les crises
Dans un chaos complet, non dénué de suavité pour qui le contemple depuis un fauteuil de cinéma, Vers un avenir radieux devient le film de toutes les crises : du couple, de la soixantaine finissante, du cinéma, de la gauche italienne, que Moretti a si longtemps personnifiée… Mais loin de la tragi-comédie parfaitement huilée, le résultat frappe d’abord par le poids de confessions, de rage et l’énergie du désespoir dont le cinéaste le charge. L’artiste, manifestement, ne supporte plus grand-chose, ni l’inculture de ses nouveaux collaborateurs, ni les décisions politiques qui ont conduit l’Italie à devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Quant à son propre état psychique, il est troublant d’entendre Giovanni, au pied du mur, avouer à sa fille son addiction aux somnifères et aux antidépresseurs.

Deux morceaux de bravoure viennent paradoxalement contredire le naufrage suggéré. Sur le sujet épineux de l’agonie du cinéma de création, plus que paupérisé, et de la prise de pouvoir des plateformes, l’auteur transmue son amertume en génie comique. Il réussit à faire de la confrontation entre son personnage et quelques décideurs romains de Netflix la scène la plus drôle du film, au tempo et aux dialogues irrésistibles. Et lorsqu’il s’agit d’acheminer le sombre tableau vers un dénouement, Nanni Moretti, tout largué et déphasé qu’il se représente, a une intuition merveilleuse. Il opère alors une acrobatie vers l’imaginaire, inédite dans son œuvre : précisément ce qu’il faut pour sortir du marasme par le haut, et donner, serait-ce une dernière fois, le frisson de l’espérance.
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