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POSSESSIONS, Eric Guirado 2012, Jérémie Renier, Julie Depardieu (thriller aff Flactif Grand Bornand)@@

Marilyne et Bruno Caron, couple modeste originaire du Nord, s'installent en montagne pour changer de vie. Patrick Castang, le propriétaire du chalet qu'ils ont loué, leur explique que le logement est encore en travaux. En échange, il met à leur disposition un autre chalet de grand standing. Pendant des semaines, alors que Bruno a trouvé un emploi dans un garage de la région, les Caron ont le sentiment de vivre comme des riches. Mais quand les Castang embauchent Marilyne comme femme de ménage, ils commencent à se sentir humiliés. L'air de rien, les Castang ne sont-ils pas en train d'exploiter leurs locataires ? D'abord envieuse de leur richesse, Marilyne finit par la haïr...

TELERAMA
Deux familles : des promoteurs aisés (vaguement véreux) et des humiliés se vengent... De l’affaire Flactif, le réalisateur tire un thriller dénonciateur.

Àla base du film, il y a l’affaire Flactif (l’assassinat, en 2003, d’une famille de promoteurs par un client envieux), mais Éric Guirado n’en garde que des bribes : le décor de la Haute-Savoie, la dégaine du héros… Ce qui l’intéressait dans ses films précédents (Quand tu descendras du ciel, Le Fils de l’épicier), c’est la difficulté des humbles à disposer de leur vie. Et il continue. C’est ce venin circulant entre des êtres ambigus : des puissants faussement compassionnels (ah, les sourires d’Alexandra Lamy !), des pauvres de plus en plus hystériques… Ils en deviendraient presque antipathiques… « Salauds de pauvres ! » disait Jean Gabin dans La Traversée de Paris, de Claude Autant-Lara. Sauf que Guirado prouve, lui, que tout le monde a tout fait pour que les « pauvres » deviennent effectivement des « salauds », qu’il est temps de le dire et d’y mettre bon ordre.

Possessions ressemble à du Chabrol. Moins le pamphlétaire de La Cérémonie que le psychologue qui fouillait la vie des « bonnes femmes » et des pauvres mecs à la Simenon. On sent, surtout, chez le jeune cinéaste le goût d’éviter le spectaculaire (les meurtres, par exemple) pour filer droit à l’essentiel : cette scène où une petite fille dessine une licorne alors que, derrière elle, ses parents s’engueulent. Ou ce plan où l’assassin est tout heureux de constater qu’il « passe bien à la télé », alors que les policiers frappent à sa porte. Tout, alors, devient fascinant.