HOW TO HAVE SEX, Molly Manning Walker 2023, Mia McKenna-Bruce, Lara Peake (societe metoo)@@
Trois adolescentes britanniques partent en vacances pour un rite de passage: elles boivent, sortent en boîte et se mettent en couple, alors que ce devrait être le meilleur été de leur vie.
TELERAMA
Intelligent et émouvant, le premier long métrage de Molly Manning Walker pose un regard empathique sur sa jeune héroïne flouée. Récompensé par le prix Un certain regard à Cannes.
Avant même de savoir si elles avaient réussi leur diplôme de sortie du lycée, ces trois petites Anglaises se sont envolées, survoltées, pour une station balnéaire de la Méditerranée. Au menu : frites, fêtes, flirts, cigarettes et alcool ! Branché sur l’énergie d’une jeunesse déchaînée, ce premier long métrage, salué au Festival de Cannes par le prix Un certain regard, retrouve l’élan d’un cinéma de vérité et de spontanéité, comme on l’aimait au temps de la Nouvelle Vague. Mais How to Have Sex s’impose aussi comme une œuvre très actuelle, qui, dans le sillage du mouvement #MeToo, pose sur les mœurs juvéniles un regard critique et fait utilement retentir le signal d’alarme.
Fraîche trentenaire, Molly Manning Walker met en scène sa bande de filles avec la maturité qui leur fait encore défaut, tout en retrouvant, à travers elles, l’insouciance de sa propre fin d’adolescence. Elle semble ainsi se fondre dans la frénésie du groupe, mais garde lucidité et rigueur pour raconter une expérience individuelle très différente à travers le personnage de Tara. Boute-en-train du trio, cette dernière subit une sombre métamorphose, se repliant dans le mutisme, perdant sa légèreté et la confiance en soi qu’elle affichait. Au milieu du délire général, Tara s’est retrouvée seule avec un garçon qui n’était pas celui auquel elle faisait les yeux doux, pas celui dont elle avait envie. Et avec le garçon dont elle ne voulait pas, elle a fait ce qu’elle ne voulait pas, perdre sa virginité.
How to Have Sex s’organise autour de cette scène du consentement arraché à un corps désemparé, volé à une jeune fille immature, abusée. Pour Tara, il y a l’avant et l’après. Pour les autres, la fête n’a jamais cessé. Glorifiée dans un mélange de ludique et de lubrique qui culmine lors d’un concours d’érections où les filles sont mises au service des garçons, la sexualité ne peut être que joyeuse. « Comment ça, c’était pas super ? » dira une des deux amies de Tara après avoir écouté son récit. Au milieu des musiques en transe, la réalisatrice fait résonner la solitude poignante de son héroïne, son intimité bouleversée, sa souffrance orpheline. Une douceur consolatrice grandit au fil de ce film, magnifique geste de solidarité envers une jeunesse qui, tout à la joie de son émancipation, s’expose à une entrée violente dans l’âge adulte.