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JOUER AVEC LE FEU, Delphine et Muriel Coulin 2025, Vincent Lindon, Stefan Crepn, Benjamin Voisin (societe)@@

Pierre, un cheminot veuf, élève seul ses deux fils à Villerupt, en Lorraine. Louis, le cadet, réussit ses études et avance dans la vie avec une grande aisance. Félix, surnommé "Fus", son aîné, part quant à lui à la dérive. Fasciné par la violence et les rapports de force, le jeune homme se rapproche de groupes d'extrême droite, qui véhiculent des valeurs à l'opposé de celles que défend son père. Pierre assiste impuissant à l'emprise de ces fréquentations sur son fils. Peu à peu, l'amour inconditionnel qu'il porte à ce dernier cède la place à l'incompréhension…

TELERAMA
Un cheminot veuf n’a que son amour pour empêcher la dérive extrémiste de son fils aîné. Un drame familial et social poignant, porté par un trio d’acteurs impressionnants.

Un père face à ses fils. Pierre, chef mécanicien de nuit à la SNCF, élève seul ses deux grands garçons dans son pavillon de Metz depuis la mort de son épouse. Louis, le cadet, brillant élève littéraire, rêve de partir étudier à la Sorbonne. Fus, qui végète, lui, dans un IUT de métallurgie, se rapproche de groupes d’ultradroite à l’opposé des valeurs humanistes dans lesquelles il a grandi…

Il est bien question de relégation sociale, et de la violence politique comme solution illusoire pour y remédier, dans le troisième long métrage de Delphine et Muriel Coulin (17 Filles, Voir du pays). Les réalisatrices montrent notamment, dans des scènes de groupe intenses (pogo au bord de la transe ou combats clandestins de MMA dans une usine désaffectée) combien le fascisme se nourrit de la fascination pour le corps et pour les coups. Mais les mécanismes de séduction de l’extrémisme et, au-delà, le portrait, proche du documentaire, de la France sous tension des années 2020, les intéressent moins que la chronique intime, romanesque d’une famille soudée en voie de dislocation.

Jouer avec le feu interroge avec beaucoup d’émotion la puissance puis les limites de l’amour paternel quand il est miné par l’incompréhension. La mise en scène joue avec brio sur les espaces du décor et les effets de miroir pour exprimer la fracture qui se creuse entre les personnages – entre le père et le fils « indigne », bien sûr, mais aussi, de manière plus feutrée, entre les deux frères.

Vincent Lindon, primé à la Mostra de Venise pour son interprétation, trouve ici un rôle sur mesure dans lequel il est constamment crédible – qu’il répare un caténaire avec un gilet orange sur le dos ou exprime, dans un monologue poignant, la douleur d’un père se jugeant responsable de la dérive de son enfant. Ses fils de cinéma se montrent à la hauteur : le relatif effacement de Louis n’empêche pas Stefan Crepon de briller dans un registre à la fois doux et inquiet, et Benjamin Voisin impressionne en bloc de colère et de détresse mêlées.