Quoique rejeté par toutes les cours d'Europe et raillé par les armateurs, Christophe Colomb en est sûr : il existe une voie occidentale pour gagner par la mer les Indes fabuleuses et en rapporter beaucoup plus rapidement les épices dont sont si friands les gourmets européens. Un armateur espagnol, Pinzón, puis le trésorier de la reine, Sanchez, et enfin la souveraine elle-même lui accordent pourtant leur confiance.
TELERAMA
Du bruit, du sang, de la fureur. Des langues de pendus écumantes en gros plan. Des hérétiques qui n'en finissent pas de brûler, en Dolby stéréo et en scope, sur les bûchers de l'Inquisition. Des mouvements de caméra voyants, qui fendent la foule. Et surtout, une partition musicale, mielleuse et grandiloquente, concoctée par Vangelis. On dirait l'Apocalypse revue par un faiseur de space-operas qui aurait trop vu La Horde sauvage. Ce 1492, Christophe Colomb commence mal.
C'était pourtant une belle histoire : la découverte d'un nouveau continent, qui allait changer la face du monde. Ce projet fou, né de l'imagination d'un aventurier solitaire, fils d'un simple tisserand, était assez riche pour se passer des fioritures dont il est ici surchargé. Certes, le dernier-né du papa d'Alien, dans le genre cinéma illustratif, n'a pas que des défauts. Pour 44 millions de dollars, c'est la moindre des choses. Nous avons donc droit à quelques moments forts : Colomb qui expose son projet aux experts espagnols ; Colomb qui rencontre pour la première fois Isabelle de Castille, son seul vrai soutien ; le départ des trois caravelles sur les flots mordorés... Quant à l'arrivée de Colomb sur le sol du Nouveau Monde, Ridley Scott la filme comme les premiers pas des astronautes sur la Lune. C'est lourd mais l'émotion passe.
Pour ces quelques instants de plaisir, combien de déceptions. La première traversée, par exemple, est décrite comme une croisière presque tranquille, alors qu'en réalité grondait la colère de l'équipage, de moins en moins rassuré par ce voyage improbable. Et puis, il y a celui pour lequel on est venu. Christophe Colomb, alias Depardieu. Il faut attendre la moitié du film pour comprendre enfin ce personnage. C'est beaucoup. Au bout d'une heure, seulement, apparaissent les failles, les contradictions de ce rêveur fou, ambitieux et obstiné. Lorsque l'Histoire bascule, lorsque les Indiens se rebellent contre une colonisation sauvage se révèle l'autre côté du rêve. Et, avec lui, un semblant d'émotion. Un semblant seulement, car l'esbroufe, les corps mutilés en gros plan, les effets tape-à-l'œil, et toujours cette musique qui tue, tout cela persiste sans faiblir.
« Les plus grandes choses, disait La Bruyère, n'ont besoin que d'être dites simplement. Elles se gâtent par l'emphase. » Ridley Scott aurait dû le savoir. Et, malgré Gérard Depardieu, magnifique, on reste sur le quai et on regarde, dépités, le bateau s'éloigner, sur lequel on aurait trouvé agréable d'embarquer.