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STARS AT NOON, Claire Denis 2022, Margaret Qualley, Joe Alwyn (drame sentimental)@@

(taille reelle)
En 1984, Trish, une jeune journaliste américaine en détresse bloquée sans passeport dans le Nicaragua en pleine période électorale rencontre dans un bar d'hôtel Daniel, un voyageur anglais. Il lui semble être l'homme rêvé pour l'aider à fuir le pays.

TELERAMA
Cette cavale d’une fille imprudente et de son amant au Nicaragua, Grand Prix du Festival de Cannes l’année dernière, divise la rédaction.

POUR
Drôle de carambolage spatio-temporel. L’action se situe officiellement de nos jours, au Nicaragua. L’héroïne ressemble, physiquement, à la jeune Adjani hâlée et court-vêtue de L’Été meurtrier (1983) — en fait, elle est jouée par Margaret Qualley, la fille d’Andie MacDowell, autre icône des années 1980. Et l’on se croirait dans l’un de ces thrillers d’aventures exotiques comme Hollywood en confectionnait, il y a quatre décennies — L’Année de tous les dangers (1982), Salvador (1986)… Une Américaine, un peu journaliste mais pas trop, se donne des frissons au Nicaragua, donc. Privée de passeport et de dollars après quelques imprudences, elle perd pied et s’attache à un mystérieux Anglais (Joe Alwyn), homme d’affaires fatal, amant trouble, et peut-être bien plus, ou bien pire.

Claire Denis, cinéaste à la fois formaliste et charnelle, prend des risques et se fait plaisir, néglige la narration au profit de l’atmosphère. La dimension conceptuelle de Stars at Noon consiste à placer une jeune femme au centre d’un genre de fiction que ces messieurs dominaient, traditionnellement. Même paumée, terrorisée ou ivre morte, c’est la fille qui donne le rythme et que les autres suivent. De loin la plus loquace des personnages, souvent patibulaires, elle donne aussi le sens — du moins essaie-t-elle — aux nébuleuses péripéties de l’intrigue politico-criminelle.

L’autre apport spécial de la réalisatrice est la qualité et l’importance des scènes intimes. Grande filmeuse de corps, Claire Denis sait capter les mutations du désir entre ses deux protagonistes. Elle parvient à faire de la naissance des sentiments un événement, dans la touffeur des chambres de motel que partagent les amants, au fil de leur cavale. Mieux que la plupart de ses pairs, elle place l’exaltation amoureuse au premier plan, et sans doute y a-t-il quelque chose de volontairement rétro dans ce dessein… Stars at Noon est un bel exercice de style, empreint d’une grande fidélité : aux indémodables Tindersticks, pour la musique originale, comme aux images qui ont fait vibrer la cinéaste et qu’elle ravive en se les appropriant passionnément. — Louis Guichard

CONTRE
Certes, Claire Denis sait toujours aussi bien filmer les corps désirants et créer à l’écran des ambiances moites à décoller le papier peint des murs. Mais un scénario, ça peut servir aussi, a fortiori quand on se pique de vouloir « déconstruire » les films d’aventures et d’espionnage. Or celui de Stars at Noon tient en une page, avec des dialogues ridicules (« Ta peau est si blanche, c’est comme si j’avais été baisée par un nuage », entre autres perles) et des personnages ectoplasmiques dont le comportement défie toute logique. Résultat : l’histoire d’amour torride sous les tropiques vire rapidement à la langueur, puis à l’ennui… — Samuel Douhaire