En l'an 2200, à Noctis, capitale de la planète Mars. Détective privée expérimentée, Aline Ruby, tout juste rentrée d'un voyage sur Terre où elle vient de remplir une mission confiée par un riche homme d'affaires, apprend qu'une étudiante en cybernétique est portée disparue depuis plusieurs jours. Accompagnée de Carlos Rivera, un robot humanoïde qui l'assiste dans ses enquêtes, la jeune femme part immédiatement à la recherche de cette dernière, convaincue de pouvoir rapidement retrouver sa trace dans une ville qu'elle pense parfaitement connaître. Aline découvre pourtant vite que l'enquête se révèle bien plus complexe que prévu...
TELERAMA
Une détective cynique flanquée d’un androïde enquête sur Mars, où la guerre couve entre humains et machines. Superbe film d’animation, d’une inventivité réjouissante, signé Jérémie Périn et Laurent Sarfati.
Alice Ruby est détective privée. Coriace, elle est secondée par Carlos Rivera, son fidèle partenaire … androïde. Envoyée sur Terre par une énorme corporation d’intelligence artificielle pour capturer une hackeuse informatique, la blonde armée revient ensuite « à la maison », c’est-à- dire sur Mars.
Une sombre enquête cybernétique l’attend à Noctis, la capitale martienne, sorte d’oasis ultra-libérale sous cloche : une étudiante a disparu après avoir « déplombé » un robot, autrement dit lui avoir rendu sa liberté de conscience et de décision. Dans une société où la violence monte entre les humains et les machines, Alice, revenue de tout et alcoolique plus ou moins repentie, va découvrir qu’on ne peut vraiment faire confiance à personne, ou presque.
Des conversations qui renvoient WhatsApp au Moyen Âge
Vous rêviez d’un autre monde ? Vous vous demandiez à quoi pourrait resssembler l’utopie d’Elon Musk ou celle de Jeff Bezos ? Jérémie Périn et son coscénariste Laurent Sarfati vous l’offrent sur un plateau dans cet enthousiasmant film d’animation, et ce n’est pas le paradis. Elles sont bien loin, les Chroniques martiennes, de Ray Bradbury, cela fait longtemps que Mars a été colonisée, et que le profit y règne en maître, comme sur notre vieille planète Terre (« toujours le même clapier à chômeurs », résume Alice). La série Black Mirror passerait presque pour de la petite bière : dans Mars Express, l’intelligence artificielle est partout, et elle progresse, de plus en plus « organique » et monstrueuse, condamnant à la casse les androïdes de première (ou dixième) génération.
Après leur épatante série animée Lastman, le duo Périn-Sarfati livre un captivant précipité de science-fiction au sens propre : une fiction sur la science, ses espoirs, ses dérives, avec, en vrac, des droïdes pleins d’humour, des « fermes à cerveaux » où des étudiants prostituent leur mémoire, des corps humains ressuscités grâce à une assurance-vie, des maîtresses synthétiques qu’on peut éteindre dès qu’elles deviennent enquiquinantes, et des conversations télépathiques qui renvoient WhatsApp au Moyen Âge. L’invention du scénario et celle de la mise en scène se manifestent jusque dans les moindres détails, souvent empruntés à des cinéastes admirés : une tueuse dont le bras en lame vient de Terminator 2 ou une manière élémentaire de photocopier un visage comme dans le premier Mission : Impossible, de Brian De Palma.
Un film noir à l’ancienne, de l’humour…
Mais la grande idée de Mars Express est encore plus cinéphile : construire ce récit d’anticipation à la manière d’un film noir à l’ancienne avec une héroïne féminine cynique et solitaire digne du Marlowe de Raymond Chandler (magnifiquement doublée par Léa Drucker) et lui octroyer un acolyte indéfectible, pourtant mort cinq ans auparavant... Personnage génial que ce Carlos ressuscité, homme de main sensible, mais d’un trop vielle conception informatique pour accepter les mises à jour !
Visuellement superbe, le film use d’un réalisme épuré qui brouille sans cesse les pistes entre humains et robots, partageant le même humour au milieu de la mitraille. Jérémie Périn impose, par sa science de l’animation, un épique cyberpolar, qui finit sur un bouleversant exode et par deux questions. C’est quoi être un robot ? Et, en miroir, c’est quoi être humain ?