LES NERFS A VIF, Martin Scorcese,1992, Robert De Niro, Jessica Lange, Nick Nolte (thriller social)@@
Max Cady vient de passer quatorze ans dans un pénitencier, reconnu coupable du viol et du meurtre d'une adolescente. Il n'a qu'une idée en tête : se venger de l'avocat, Sam Bowden, qui l'a jadis fait condamner. Cady est persuadé que Bowden a fait disparaître des pièces du dossier d'instruction afin de s'assurer de sa condamnation. L'ancien détenu s'installe en Floride, dans la petite ville où vivent Sam, sa femme Leigh et leur fille Danielle. Il s'immisce dans l'entourage des Bowden, empoisonne leur chien, défigure la maîtresse de Sam et poursuit Danielle de ses assiduités. Hors de lui, Bowden demande à des petits voyous de s'occuper de Cady. Contre toute attente, il terrasse ses agresseurs...
TELERAMA
Remake violent du film de J. Lee Thompson par Scorsese. Vous aimerez sans doute le grand Robert De Niro dans ce film, pas le plus connu mais sacrément baroque et flippant.
Certains grands cinéastes font toujours le même film. Martin Scorsese, lui, ne cesse de tout remettre à plat. Un bon exemple au début des années 1990 : Les Nerfs à vif (1991) ont certes un air de famille avec Les Affranchis (1990), mais n’annoncent pas vraiment l’élégant Temps de l’innocence (1993) ni Casino (1995). Ici, il s’agit de stress, d’angoisse, de succion des cervelles par un salaud qui vous siffle sur la tête — Robert De Niro. Sa cible : la famille d’un avocat (Nick Nolte) qui ne s’est pas foulé pour lui éviter une lourde peine de prison. Soit la même histoire ou presque qu’un thriller oubliable de Jack Lee Thompson réalisé en 1962.
Pour que les nerfs du spectateur soient aussi à vif, Scorsese se lance dans un exercice de style assez périlleux. Ça bouge (la caméra), ça cogne (les acteurs), ça claque (les raccords). Car ceci est un conte, ou un fantasme. Voire une métaphore, baroque et tapageuse.
De Niro ne fait pas dans la dentelle. Démon que n’atteignent ni les flammes ni les barres de fer, il est la mauvaise conscience de la bourgeoisie américaine, hypocrite, autocratique, puritaine. Un personnage allégorique en qui Scorsese parvient à faire tenir quelques-unes de ses obsessions : la foi, le sang, la vengeance. Ce qui nécessite un talent certain.