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TAPAGE NOCTURNE, Catherine Breillat 1979
Solange a vingt-cinq ans. Jolie, libérée, elle se comporte avec les hommes en bonne féministe qu'elle est. Elle "consomme" donc, à la recherche du partenaire idéal. Solange a une fille dont elle parle souvent, mais qu'elle ne voit jamais. Elle a aussi un mari et un amant régulier, metteur en scène qui se satisfait de quelques heures avec elle sans oublier d'être généreux. C'est lui qui présente Solange à Bruno. Solange ne sait pas pourquoi, mais cet homme-là compte déjà dans sa vie.

LE MONDE
Catherine Breillat a écrit des romans (le premier à l'âge de dix-sept ans) et réalisé il y a quelques années un film " underground ". Tapage nocturne est sa première incursion dans le cinéma commercial, et c'est un film intéressant. Il correspond à une génération de gens qui ne se contentent plus de l'écriture et du livre, mais veulent à tout prix (ici, 3 millions de francs) le truchement des acteurs, de la mise en scène, de la caméra, pour raconter ce qui les possède. L'énergie qu'ils mettent dans une transposition qui n'en est pas vraiment une, mais qui éprouve la force de leur besoin d'expression, la sincérité avec laquelle ils exposent leur mal de vivre, rendent attachants, exaspérants aussi, ces nouveaux réalisateurs, ces nouvelles réalisatrices.

Comme il s'agit pour eux de rester le plus près possible d'eux-mêmes, et comme ils essaient malgré tout de créer des personnages attrayants, cinématographiques et vraisemblables, leurs films sont pleins d'informations : sur un univers mental, sur un milieu. Les protagonistes de Tapage nocturne parlent comme les jeunes Parisiens parlent aujourd'hui dans les sphères artistiques ou para-artistiques (ils sont réalisateurs, producteurs, acteurs). Ils parlent beaucoup, de façon littéraire, et leurs dialogues sont empruntés aux films de la nouvelle vague, ceux de Godard, surtout. Il est curieux de les voir revenir au cinéma, comme transcription de la réalité et non plus comme création.

Le mérite de Catherine Breillat est cependant d'avoir fait la part belle à l'irréalité pour traduire le désordre des passions. Solange, l'héroïne (Dominique Laffin), évolue dans une nuit intemporelle et constante ; on ne sait pas ce qu'elle fait le jour, ni comment elle peut avoir autant d'amants à la fois. On est rendu sensible au tourbillon qui l'emporte et la perd ; le morcellement de sa personnalité est visualisé, servi par la faiblesse même du scénario, son côté répétitif, sans évolution.

Solange est mariée à un homosexuel dont elle a une fille qu'on ne verra pas. Elle couche avec n'importe qui et ne dort avec personne, tombe finalement amoureuse d'un type bizarre (Bertrand Bonvoisin) qui ne se déshabille jamais. Solange se livre à ses caprices, à sa tyrannie. Chacun d'entre eux a besoin d'absolu, chacun s'exaspère de ne pas trouver chez l'autre ce qu'il exige, et, à force de ne pas trouver de lieux pour s'aimer, ils perdent en eux le moyen de se retrouver.

Catherine Breillat impose à Dominique Laffin un jeu un peu fou, trop proche de celui qu'elle avait dans La femme qui pleure de Jacques Doillon. Bertrand Bonvoisin est mieux parce qu'il intrigue. Les autres, Joe Dallessandro, par exemple, font des apparitions inutiles. Dans tout cela, il n'y a pas de tendresse, pas de réflexion, beaucoup de violence ; et le plaisir du spectateur, c'est une autre histoire.

CLAIRE DEVARRIEUX.