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Texte (description) : Zhiliest un quartier ouvrier proche de Shanghai, la ville la plus riche de Chine. Chaque année, de nombreux jeunes quittent leur village pour s'y installer. Ils ont entre 17 et 20 ans et viennent tous de la province rurale du Yunnan, à 2 500 km à l'ouest, où le fleuve Yangtsé prend sa source. Ces jeunes Yunnanais vivent souvent sur leur lieu de travail, dans des dortoirs, des chambres insalubres, ou parfois dans de petits studios. Le temps et l'espace pour se rencontrer leur manquent. Alors, ils communiquent par les réseaux sociaux populaires en Chine. Ils vivent comme des adultes mais demeurent, au fond, des adolescents... TELERAMA Fidèle à ses idées, le cinéaste Wang Bing peint la fresque au long cours des “petites mains” des ateliers de confection chinois. Malgré l’aliénation, la jeunesse rayonne. La trilogie documentaire qui débute avec « Jeunesse (Le printemps ) » promet de suivre ses personnages au fil du temps. Dans Argent amer (2016), Wang Bing s’intéressait aux jeunes Chinois qui quittent leurs terres campagnardes du Yunnan pour aller travailler, à des milliers de kilomètres de chez eux, dans l’industrie textile de la ville de Huzhou, près de Shanghai. Les deux heures et trente-six minutes de ce film passé relativement inaperçu n’étaient qu’un prologue à un projet cinématographique plus ambitieux, digne d’À l’ouest des rails, la saga documentaire qui avait révélé le talent du cinéaste il y a vingt ans. Fidèle à sa méthode d’immersion au long cours, Wang Bing a filmé entre 2014 et 2019 les « petites mains » qui travaillent dans les dix-huit mille ateliers de confection de Zhili, un bourg de Huzhou, accumulant deux mille six cents heures (!) de rushes. Il en tire aujourd’hui un premier film — deux autres doivent suivre —, déjà très copieux mais jamais ennuyeux, au beau titre de Jeunesse (Le printemps). Les forçats de l’aiguille suivis par Wang Bing ont parfois moins de 20 ans, ils sont rivés à leur poste treize heures par jour, six jours sur sept, et se résignent à des cadences d’autant plus infernales qu’ils sont payés à la tâche. Abrutis de fatigue et de bruit (la musique pop ou techno passée non-stop à fond dans les ateliers couvrant à peine le fracas des machines à coudre), ils s’entassent le soir dans des dortoirs à la limite de l’insalubrité situés deux étages au-dessus. Le film chronique un système économique et social qui se régénère sans cesse, car nombre de ces ouvriers rêvent de fonder leur propre atelier où ils exploiteront, à leur tour, de nouveaux migrants ruraux. De ce témoignage terrifiant émerge pourtant une énergie communicative. Et un film plus enjoué, sinon solaire, que les précédentes œuvres de Wang Bing consacrées aux oubliés de l’histoire chinoise — les victimes des « camps de rééducation » maoïstes dans Fengming ou les malades mentaux dans À la folie. Deux amoureux sous un drap qui sèche au soleil La jeunesse des personnages y est évidemment pour beaucoup. Toujours à la bonne distance, aussi proche soit-elle, le réalisateur les observe longuement, pendant leurs jeux, leurs blagues, leurs flirts plus ou moins maladroits, et son empathie est peut-être plus forte encore. Comme dans cette scène, superbe, où deux amoureux s’évadent un bref moment de leur atelier pour discuter sur le toit, dissimulés par un drap qui sèche au soleil. Le dernier mouvement du film, qui accompagne l’attachant Xiao Wei dans son retour au pays natal, donne un aperçu des prochains volets de Jeunesse, qui devraient élargir l’horizon géographique de la trilogie à l’ensemble du fleuve Yangtzi Jiang. Vivement la suite !
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